|
Maladie d'Alzheimer: les enjeux de la recherche médicale
Le 29/8/2001
Les cellules nerveuses de notre cerveau reçoivent les
informations du monde extérieur, les gèrent et les stockent. Au cours de la
maladie d'Alzheimer, les cellules nerveuses dégénèrent, et en particulier
celles qui mémorisent les informations récentes.
Deux constituants sont responsables de la mort des cellules
nerveuses:
-
le peptide Ab
(pour amyloide beta), qui s'accumule autour de ces cellules et est vraisemblablement
neurotoxique,. Ce processus s'appelle l'amyloïdogenèse
-
la protéine tau qui
s'accumule sous forme de filaments anormaux dans les cellules nerveuses. Ce
processus se nomme la dégénérescence neurofibrillaire
La connaissance précise des mécanismes d'agrégation de ces
deux constituants devrait permettre la mise au point de nouveaux
traitements.
-
En particulier, les espoirs se portent sur la vaccination
contre le peptide Ab, pour éliminer ses
accumulations pathologiques.
-
De même, les agrégations de tau nous montrent le chemin
précis de progression de la dégénérescence neurofibrillaire dans les
différentes régions du cerveau et nous indiquent comment développer des
approches de neuroprotection, qui visent à retarder ou à enrayer
l'avancée de la pathologie.
Les recherches sur la maladie d'Alzheimer Lille, le 12/01/2000
Ces dix dernières années, les efforts de
recherche se sont intensifiés considérablement. Ils ont débouché
sur une bonne connaissance des mécanismes pathologiques responsables
de la dégénérescence des cellules nerveuses. Nous
savons maintenant que l'origine de la pathologie résulte d'un dysfonctionnement
de deux protéines, nommées APP
(Amyloid protein precursor), et protéine tau.
Ces deux protéines forment, en s'agrégeant, les deux lésions
cérébrales qui caractérisent la maladie d'Alzheimer:
les plaques séniles et la dégénérescence neurofibrillaire.
Plusieurs approches thérapeutiques susceptibles
de rectifier les anomalies de ces protéines ont été
proposées en 1999. Certaines sont très solides et porteuses
d'espoir pour le moyen terme.
Actuellement, la stimulation des cellules nerveuses cholinergiques
(une catégorie de cellules nerveuses qui gèrent la mémoire)
permet de ralentir l'évolution des signes cliniques. Plusieurs médicaments
basés sur cette stratégie sont déjà disponibles.
D'autres sont en préparation.
Les recherches cliniques (psychométrie, imagerie,
…) débouchent sur un diagnostic de plus en plus précoce de
la maladie d'Alzheimer, ce qui permet de proposer des traitements de plus
en plus efficaces, et mieux ciblés.
Enfin les études épidémiologiques
permettent également de caractériser les facteurs qui accélèrent
ou ralentissent la maladie d'Alzheimer. Chaque facteur est une piste thérapeutique
pour les médicaments déjà disponibles, ou en cours
d'élaboration: anti-inflammatoires, anti-radicaux libres, neurostéroïdes,
apolipoprotéine E, anti-hypertension, …
Au total, ces approches multidisciplinaires débouchent
sur des résultats de plus en plus tangibles. La contribution des
nombreuses équipes de recherche de Lille à l'effort international
est importante et reconnue.
Où en est la recherche ??
Lille, 1997
Si une réponse rapide doit être donnée,
nous pouvons dire que les progrès sont spectaculaires, que la production
scientifique concernant cette pathologie est énorme (plus de 50
articles scientifiques internationaux importants par semaine), et que de
nombreux laboratoires de par le monde s'intéressent au problème.
Cependant, s'il est incontestable que la recherche
avance vite, nous n'avons aucune idée du chemin qui reste à
parcourir jusqu'à l'obtention d'un médicament totalement
efficace. Dans les années qui vont suivre, une amélioration
du diagnostic précoce, indispensable pour un traitement efficace,
peut être espérée. Ces deux aspects diagnostiques et
thérapeutiques sont en effet intimement liés.
Le premier problème concerne le diagnostic qui comporte encore un
trop grand pourcentage d'erreur, évalué de 15 à 30%
pour les patients suivis par des équipes hospitalo-universitaires
de pointe. Ces erreurs de diagnostic perturbent les essais cliniques qui
ont pour but de tester de nouveaux médicaments.
Le diagnostic doit être précoce, afin d'appliquer une thérapeutique
avant une destruction trop importante du cerveau. Innogenetic développe
et commercialise actuellement un test diagnostic des protéines
Tau à partir du liquide céphalo-rachidien (prélevé
par ponction lombaire). Ce test manque malheureusement de spécificité
et de sensibilité.
Ensuite et parallèlement, il s'agit de trouver des médicaments
efficaces. L'industrie pharmaceutique
s'est focalisée sur la production de molécules capables
d'agir sur une catégorie particulière de neurones: les neurones
cholinergiques. Ce type d'approche a permis de montrer que la Tacrine (Cognex),
Aricept, Exelon, Metrifonate, galanthamine, avaient un effet bénéfique,
en ralentissant la progression de la maladie. D'autres produits sont en
cours d'élaboration. Mais nous savons maintenant que l'atteinte
cérébrale est générale et que le problème
est avant tout lié à une cascade de dysfonctionnements partant
de la protéine APP (Amyloid protein
precursor).
Les stratégies actuelles se focalisent davantage vers la production
de molécules neuroprotectrices bloquant la production ou la neurotoxicité
de la substance amyloïde. Au congrès de Minneapolis (Juillet
1994), il a été mentionné que si l'apparition des
signes cliniques est retardée de 5 ans, le nombre de patients sera
divisé par 2. Dans certains cas, il a été démontré
que les dépôts de substance amyloïde étaient favorisés
par des facteurs génétiques. De plus, la découverte
récente de l'association de certains variants de l'apolipoprotéine
E, protéine qui transporte des lipides, avec la maladie d'Alzheimer
relance la recherche vers de nouvelles pistes. Au total, nous savons que
la maladie d'Alzheimer est très hétérogène
et que de nombreux facteurs interviennent.
A l'heure actuelle, nous n'avons pas encore à notre disposition
de modèles expérimentaux
performants, mais des résultats préliminaires intéressants.
Un bon modèle de la maladie, animal ou cellulaire, devrait déboucher
sur une approche plus rationnelle et plus efficace de la maladie d'Alzheimer.
Conclusion.
Les recherches fondamentales, pharmacologiques, cliniques se développent
intensément. Dans certains pays, les efforts sont maintenant à
la hauteur du drame familial et des problèmes socio-économiques
provoqués par cette terrible maladie. Il est cependant encore trop
tôt pour prédire à quel moment la maladie d'Alzheimer
sera vaincue.
|