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29/08/06

Abandon des recherches sur les médicaments anti-Alzheimer

Dans sa grande sagesse, l 'ANR n'a accordé en 2005 et 2006 aucun soutien aux programmes de recherche sur l'approche thérapeutique de la maladie d'Alzheimer.

http://www.agence-nationale-recherche.fr/documents/aap/2006/selection/empb.pdf

http://www.agence-nationale-recherche.fr/documents/aap/2006/selection/rib.pdf

http://www.agence-nationale-recherche.fr/documents/aap/2006/selection/neuro.pdf

Nous comprenons la déception de nombreux français, la maladie d'Alzheimer touchant pratiquement une personne par famille.

Vous comprendrez la notre: un investissement en recherche fondamentale de plusieurs années, et une suite logique vers la valorisation bloquée, faute de crédits.

Tentons de trouver des explications au fait que nous n'ayons reçu aucune aide pour notre projet de développement de molécules anti-Alzheimer (protégées par notre brevet Inserm), car la sélection a été faite par des comités scientifiques :

  1. Il s'agit d'un domaine réservé à l'industrie pharmaceutique
  2. Les projets "médicaments" sont trop risqués
  3. La maladie d'Alzheimer n'est pas une priorité
  4. Les équipes de recherche françaises ne sont pas compétitives
  5. Il n'y a pas de grosses pointures "Alzheimer" dans les comités de sélection
  6. les projets "médicaments" ne sont pas esthétiques.
  7. Il n'y a pas de bons projets


Les commentaires vont suivre au fur et à mesure


1. IL S'AGIT D'UN DOMAINE RÉSERVÉ À L'INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE;

En général, les comités scientifiques qui classent les demandes de financement pensent que le domaine du médicament est réservé complètement à l'industrie pharmaceutique. S'il y a des industriels dans le comité, le choix portera sur le soutien à des projets à courts termes et avec un minimum de risque. Le choix du médicament est un choix long, complexe, coûteux, risqué.

Le choix pour le scientifique qui, au cours de son parcours trouve une voie thérapeutique possible est le suivant (rappelons qu'à l'Inserm c'est quand même, en principe, le boulot essentiel du chercheur de trouver des médicaments, si M veut bien dire Médical) :

1) - dès qu'il a déposé un brevet, le chercheur Inserm cède une licence à l'industrie. Comme la recherche est automatiquement très en amont, l'industrie sera réservée, mentionnera le risque élevé, et dans le meilleur des cas exploitera le brevet pour pas grand chose. Cette valorisation très en amont consiste en fait à brader la découverte.

2) - le chercheur valorise lui même la découverte pour lui donner une plus-value, avant de se retourner vers l'industrie. Cette valorisation a pour objectif de faire émerger le projet, de lui donner une valeur ajoutée qui permettra au projet d'être plus crédible. Il s'agit d'un cercle vertueux où une des retombées est de pouvoir faire de la recherche fondamentale, dans le cadre de la validation des concepts sur modèles cellulaires et animaux. Comme mentionné plus haut, les chances d'obtenir un financement à ce niveau sont très faibles.

Conclusion: la seule démarche possible, faute de crédit, est de brader la découverte en la cédant tout de suite à l'Industrie. Or, puisque cela va être bradé, pourquoi s'embêter à breveter et à rentrer dans un cercle vicieux de contraintes (retard des publications, travail supplémentaire, absence de reconnnaissance). Autant publier, ce qui est plus valorisant pour le chercheur. L'intérêt supérieur de la nation est donc automatiquement sacrifié, car derrière le brevet et une bonne exploitation du brevet, il y a les aspects socio-économiques évidents. Par exemple, le médicament anti-Alzheimer sera t-il français ou américain? Quel est le pays qui le vendra, quel est celui qui l'achètera?. Le trou de la sécu, vous connaisssez?

2. LES PROJETS MÉDICAMENTS SONT TROP RISQUÉS

Il y a une frilosité certaine des financeurs de tout poil vis à vis des projets médicaments. C'est un sport cher, dangereux. Certains investisseurs du capital-risque disent que l'investissement vers la maladie d'Alzheimer est un vrai cimetière !

Il ne faut pas se cacher que l'approche est difficile, essentiellement à cause du manque de pertinence des modèles animaux. Seul l'essai thérapeutique permet d'avoir la preuve par 9 de l'efficacité d'un médicament potentiel. Le ticket d'entrée est de plusieurs dizaines de millions d'euros.

Cela veut-il dire qu'il faut renoncer? Quand on demande, comme nous l'avons fait, un financement de 200 kE pour valider le concept sur modèle animal, est-ce exorbitant? Comment expliquer le refus de financement d'un projet anti-Alzheimer d'une équipe qui a fait ses preuves et l'acceptation de financer un projet pharmacologique sur la Progeria, qui frappe un enfant sur 4 millions, sur un sujet certes intéressant, mais non vital, alors qu'il y a 800.000 patients Alzheimer qui sont laissés de côté ?!!.

 

 

3. LA MALADIE D'ALZHEIMER N'EST PAS UNE PRIORITÉ

Des "grands patrons" français de renommée internationale, travaillant sur la maladie d'Alzheimer, sont remontés jusqu'au Ministère, pour signaler l'urgence à soutenir la recherche sur la maladie d'Alzheimer. Selon des bruits de couloir, un lobbying anti-recherche Alzheimer, au profit de recherches sur la maladie de Parkinson (influence Salpetrière, suivez mon regard), aurait fait passer le message qu'en France, le niveau est tellement bas qu'il faut renoncer d'investir dans cette pathologie (A noter que nous n'en sommes pas, logiquement, au stade de la recherche esthétique, mais de la recherche pragmatique, qui consiste à investir là où les besoins sont les plus criants).

Suite à une réflexion au plus haut niveau, il a donc été décidé qu'il n'y aurait pas de financement fléché vers l'Alzheimer. C'est une action réfléchie et délibérée. On peut noter que cette décision a été suivie parfaitement. (Désolé de vous entraîner vers des ragots, mais il faut essayer de comprendre l'incompréhensible, et cette information est assez solide pour que je vous en fasse part).

 

4. LES ÉQUIPES FRANCAISES NE SONT PAS COMPÉTITVES

Voir le chapitre précédent. Effectivement, en terme de publications, nous sommes moins performant que nos amis belges par exemple. Mais en Belgique, c'est la recheche pragmatique qui prévaut. De plus, c'est peut être une royauté mais ce n'est pas une république bananière.

 

5: IL N'Y A PAS DE GROSSES POINTURES DANS LES COMITÉS (JURYS SCIENTIFIQUES)

C'est vrai. Côté magouille, les Alzheimérologistes ne sont pas bons.



6: les projets "médicaments" ne sont pas esthétiques.

Il s'agit d'un état d'esprit bien français. Il n'est pas bon d'être de droite (il y a un bon bouquin la dessus), et le médicament sent "l'argent". Il vaut mieux faire de la recherche fondamentale sur les cellules souches du sexe des anges (mais la recherche appliquée génère de l'argent pour la recherche fondamentale, dans le cadre d'un cercle vertueux gagnant/gagnant, et nous l'avons constaté dans notre propre équipe. Le problème est que parfois il faut amorcer la pompe, et c'est le cas pour les recherches Alzheimer).

 

D'une manière générale, l 'utopie est bien considérée, à tous niveaux, mais qui paiera la facture de notre désengagement? Réfléchissons ensemble: sommes nous dans un cercle vertueux ou un cercle vicieux. Car l'économie est directement liée aux résultats de la recherche. D'ailleurs là où on a investi, le spatial, l'aéronautique, le nucléaire, cela ne marche pas si mal que cela. S'il faut renoncer à certains secteurs, par exemple le médical, autant le dire franchement.


7: IL N'Y A PAS DE BONS PROJETS

Malgré nos moyens faibles en recherche, nous avons des molécules anti-Alzheimer originales à proposer. Nos projets sont moins nombreux que ceux de nos compétiteurs, mais pas moins bons.

 

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