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II.1.2 : Structure et fonction des protéines Tau

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II.1.2.1 : la structure et le rôle des protéines Tau.


Dans le cerveau humain, six isoformes de Tau sont donc générées par épissage alternatif du pré-ARNm. Ils diffèrent de part la présence des séquences d’acides aminés codés par les exons 2, 3 et 10 (Goedert et al., 1989).
Ces différences au niveau de la structure primaire des protéines Tau sont très importantes pour comprendre leur rôle au niveau cellulaire. En effet, l’expression différentielle de ces protéines, notamment observée au cours du développement, laisse sous-entendre un rôle physiologique particulier de chacun des isoformes, rôle en relation directe avec l’incorporation des exons 2, 3 et 10 dans la molécule. Ceci est également confirmé par l’observation d’une distribution différentielle des isoformes de protéines Tau dans le cerveau humain, en fonction des sous-populations neuronales considérées.


Au point de vue de sa structure primaire, la protéine Tau peut-être divisée en deux grandes régions : la partie N-terminale encore appelée « Domaine de projection » et la partie C-terminale nommée « Domaine de liaison aux microtubules » (Figure 9). II.1.2.1a : Le domaine de projection.


Les séquences de 29 et 58 AA sont codées respectivement par les exons 2 ou 2+3. L’insertion des ces séquences supplémentaires dans la molécule confère non seulement une longueur différentielle des isoformes de Tau, mais entraîne également une modification du pH de la partie Nt de la molécule. En effet, les deux inserts acidifient la partie Nt de la protéine puisque les points isoélectriques des séquences codées par les exons 2 et 3 sont respectivement de 3.5 et 4. Il est également important de noter que les exons 1 et 4 sont très acides. Cet ensemble (comprenant la région acide et la région riche en proline ) est appelé « Domaine de projection ».
Cette appelation est due au positionnement de cette région de la molécule vis à vis des microtubules. Toutefois, son rôle est à l’heure actuelle encore mal défini. Elle pourrait interagir avec la membrane plasmique ou encore d’autres organites comme les mitochondries (Brandt et al., 1995). Récemment, certaines études ont permis de préciser le rôle probable de cette interaction de Tau avec la membrane plasmique. Ainsi, il semblerait que le domaine riche en proline, puisse interagir aux domaines SH3 des tyrosines kinases non recepteur de la famille src, comme Fyn (Lee et al., 1998 ; Williamson et al., 2002). Ces travaux décrivent une interaction et une co-localisation entre Tau et Fyn au niveau de la membrane plasmique en association avec les filaments d’actine (Lee et al., 1998). Ces données permettent de définir un rôle probable du domaine de projection de Tau dans la voie de transduction des tyrosines kinases de la famille src. Il pourrait agir sur les filaments d’actine, donc sur la forme de la cellule nerveuse. De plus, cette interaction entre Tau et Fyn pourrait également établir un lien entre la phosphorylation de Tau et les dépôts amyloïdes. Ainsi, un traitement de cellules en culture par le peptide amyloïde entraîne une « tyrosine phosphorylation » de nombreuses protéines neuronales telles MAP2C et Tau (Williamson et al., 2002), suggérant un lien entre Tau/Fyn/FAK (Focal Adhesion Kinase) et la cascade amyloïde.


D’autre part, la protéine Tau est susceptible d’interagir directement ou indirectement avec la phospholipase C-g (PLC-g) in situ, enzyme localisée sur la face interne de la membrane plasmique. C’est en fait à nouveau le domaine SH3 de la phospholipase qui interagit avec le domaine riche en proline de la protéine Tau sur le coté Nt du premier domaine de liaison aux microtubules (Hwang et al., 1996). La PLC-g est alors activée par la protéine Tau en présence d’acides gras insaturés comme l’acide arachidonique (Hwang et al., 1996). Dans des cellules surexprimant les protéines Tau, des récepteurs couplés à la phospholipase A2 cytosolique pourraient activer la PLC-g de façon indirecte. En fait, la PLC-g ne serait pas activée par phosphorylation sur des résidus tyrosine, mais après action de la phospholipase A2 qui hydrolyse la phosphatidylcholine pour donner l’acide arachidonique. Toutefois, des études montrent également que la protéine Tau peut activer directement la PLC-g sans acide arachidonique (Jenkins et Johnson., 1998). Ces résultats montrent donc que les protéines Tau participent à la régulation de signaux de transduction à travers la PlC-g in vivo. La protéine Tau pourrait donc participer à différentes voies de transduction du signal à travers sa liaison à la membrane plasmique.


Il est également important de signaler que l’association de la protéine Tau avec la membrane plasmique est régulée par son état de phosphorylation (Maas et al., 2000). Les auteurs suggèrent que la phosphorylation différentielle de Tau détache la protéine de la membrane plasmique alors qu’elle n’affecte pas sa capacité à lier les microtubules (Cf chapitre sur le rôle de la phosphorylation des protéines Tau). De plus, les protéines Tau lient la spectrine et les filaments d’actine (pour revue, Buée et al., 2000). A travers ces interactions, les protéines Tau permettent aux microtubules d’interagir avec d’autres composants du cytosquelette comme les neurofilaments, ce qui permettrait de diminuer la flexibilité des microtubules.
Enfin, le caractère indispensable du domaine de projection est renforcé par une autre constatation. En effet, il aurait également une incidence sur l’espacement entre les microtubules et donc directement sur la morphologie axonale. En fonction de la longueur de ce domaine de projection, qui dépend de l’incorporation des exons 2 et 3, le diamètre des axones peut varier. Ainsi, les souris Knock-out (K.O) pour le gène tau montrent un remaniement des composants du cytosquelette neuronal. En effet, les microtubules, auparavant maintenus par les protéines Tau, se voient désormais soutenir par MAP1A qui compenserait le déficit de la protéine Tau. Dans ces conditions, les neurones ne montrent pas de différence de maturation, ou d’élongation axonale. Toutefois, le diamètre des petits axones est très diminué (Harada et al., 1994). Ce premier résultat a été récemment nuancé par de nouvelles souris K.O pour tau (Dawson et al., 2001). Cette fois, et par une autre approche, les auteurs suggèrent que contrairement à la première étude, la protéine Tau soit absolument nécessaire à l’axonogénèse. Ainsi, des cultures primaires issues de ces souris K.O Tau montrent des retards d’élongation axonale et dendritique, défauts pouvant être restaurés par le remplacement du gène de Tau murin par celui de l’homme. Les auteurs suggèrent que même si, chez ces souris K.O Tau, d’autres MAPs peuvent remplacer partiellement la fonction de cette protéine, ces dernières ne peuvent pas restaurer la fonction normale de Tau pour la maturation neuronale. Il est également important de noter qu’au niveau du système nerveux périphérique, où l’exon 4A est incorporé dans la protéine Tau (Figure 8), la taille des neurones est beaucoup plus importante (Andreadis et al., 1992 ; Georgieff et al., 1993). En effet, ces neurones montrent des prolongements cellulaires plus importants dans la longueur et le diamètre que ceux des axones du système nerveux central. Ce phénomène est à mettre à l’actif de la longueur augmentée du domaine de projection qui distance l’espace entre les microtubules. Ces résultats suggèrent donc que la région N-terminale de la protéine Tau est cruciale dans la stabilisation et dans l’organisation de différents types d’axones.
Le domaine de projection dont la fonction précise reste à définir semble toutefois être aussi indispensable que la partie C-terminale de la protéine Tau encore appelée « Domaine de liaison aux microtubules ».

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 II.1.2.1b : Le domaine de liaison aux microtubules.


A : Structure.


Les protéines Tau ont été découvertes comme étant des protéines liant les dimères de tubuline et permettant la polymérisation et la stabilité des microtubules dans la cellule (Drubin et Kirschner., 1986). En fait, cette propriété doit être attribuée à la partie C-terminale de Tau. En effet, les protéines Tau lient les microtubules à travers des motifs répétés présents dans la partie C-terminale de la protéine (Figure 9). Il est important de noter que cette partie C-terminale de la molécule est beaucoup plus basique que le reste de la protéine. Ces régions répétées sont les séquences de répétition notées R1 à R4 (Repeat 1 à 4), encodées respectivement par les exons 9 à 12 (pour revue, Buée et al., 2000). Chacun des motifs répétés présente 18 Acides Aminés conservés au cours de l’évolution, ce qui indique leur importance au niveau cellulaire (Goedert et al., 1989 ; Himmler et al., 1989). De plus, les domaines répétés se voient séparés par des séquences plus ou moins conservées de 13 à 14 Acides Aminés nommées « Région inter-repeat ». Comme le domaine de projection, le domaine de liaison aux microtubules varie dans sa composition en fonction de l’incorporation ou non de la séquence encodée par l’exon 10. Dans le cerveau adulte, sur les 6 isoformes différentes de protéines Tau, il y a donc trois isoformes comprenant 3 repeats, formant ainsi les protéines Tau 3R, et trois isoformes à 4 repeats donnant ainsi les Tau 4R. L’étude du rôle du domaine de liaison aux microtubules a permis de distinguer de subtiles nuances dans le rôle respectif des isoformes à 3 ou 4 repeats

 


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