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 B : rôle du domaine de liaison aux microtubules.



Lors de leur découverte, il a été suggéré que chacun des repeats pouvait jouer la fonction de domaine de liaison aux microtubules (Lee et al., 1988). Depuis, des études ont pu mettre en évidence des différences non seulement entre les Tau 3R et 4R mais également un rôle différenciel de chacun des repeats ou des régions inter-repeats au sein même de la protéine Tau. En effet, il semble que les isoformes de protéines Tau à 4 séquences de liaison aux MTs (4R) lient et polymérisent plus efficacement les microtubules que les Tau 3R (Goedert et Jakes, 1990). Cette propriété différentielle des protéines Tau est très importante au cours du développement. Ainsi, l’isoforme fœtale, constituée uniquement de 3 sites de liaisons aux microtubules, permet une flexibilité et un dynamisme plus important des structures microtubulaires et donc de l’architecture du cytosquelette cellulaire au cours du développement embryonnaire. Cette flexibilité du cytosquelette neuronal est sans doute très importante pour permettre les phénomènes de migrations cellulaires et la mise en place des interconnexions nerveuses caractéristiques d’un cerveau en développement (voir chapitre de la phosphorylation des protéines Tau et développement cérébral). Après la naissance, la transition des isoformes Tau 3R vers les isoformes 4R est corrélée avec une stabilité plus importante des microtubules et une diminution de la plasticité du cytosquelette (Goedert et al., 1989 ; Kosik et al., 1989). Ces résultats suggèrent que l’insert codé par l’exon 10 donne à la molécule un site supplémentaire de liaison aux microtubules ou modifie la structure de la région de liaison aux microtubules.


De récentes études ont permis de confirmer et de préciser le rôle de chacun des repeats et des séquences les séparant (Région inter-repeat). Ainsi, Goode et Feinstein, par des expériences de délétions en C-terminale de la protéine Tau, ont montré que la région inter-repeat entre les R1 et R2 (IR R1/R2), donc uniquement présente dans les Tau 4R était très importante pour la liaison des microtubules (Goode et Feinstein., 1994 ; Panda et al., 1995). Un premier modèle d’interaction entre Tau et les microtubules a ainsi été élaboré (Figure 10A). Cette région, spécifique du cerveau adulte serait responsable d’une différence d’affinité entre les Tau 3R et 4R pour les microtubules d’environ 40 fois. Les auteurs suggèrent également que l’absence de cette séquence durant le développement embryonnaire permette une plasticité du cytosquelette absolument nécessaire pour les neurones immatures.


Cependant, ces résultats ne tiennent pas compte de différents paramètres, i.e, l’interaction entre les domaines de projection et de liaison aux microtubules ainsi que la structure de la protéine Tau qu’elle soit 3R ou 4R. La même équipe a donc nuancé ces premières données. Cette fois, par de nouvelles délétions du domaine N-terminal de la protéine Tau, les auteurs montrent qu’il y a une interaction entre le domaine de liaison des microtubules et une séquence 215KKVAVVR221, localisée dans la région riche en Proline, donc dans le domaine de projection de la protéine. Cette interaction augmenterait le potentiel des Tau 3R et 4R à lier les microtubules (Goode et al., 1997). Ces résultats suggèrent que la liaison de Tau aux microtubules nécessite des interactions intramoléculaires et évoque une complexité conformationnelle pour cette liaison. Enfin, la partie C-terminale du domaine de liaison semble également moduler l’affinité des isoformes 3R et non des 4R pour les microtubules. La différence d’affinité des isoformes de Tau n’est alors que de trois fois en faveur des Tau 4R (Goode et al., 2000).


La liaison de Tau aux microtubules se fait donc en plusieurs stades (Figure 10A et B):
En solution, les protéines Tau adoptent une structure très flexible. Après contact avec les microtubules, la structure de la protéine devient beaucoup plus ordonnée. Dans leur modèle les auteurs suggèrent que la liaison initiale entre Tau et les microtubules est médiée par des « cores » de liaison composés par les deux premiers repeats et la région entre elles, c’est à dire R1, R2 et IR R1/R2 pour les Tau 4R et R1, R3 et IR R1/R3 pour les Tau 3R. Les protéines Tau adoptent alors une conformation plus ordonnée rapprochant les extremités N et C-terminales du core de liaison. Les interactions intramoléculaires médiées par les régions flanquantes au domaine de liaison stabilisent alors le complexe formé. Ces interactions intraprotéiques sont « isoformes spécifiques » et mènent apparemment les protéines Tau à adopter différentes conformations de liaison aux microtubules (Goode et al., 2000).
Ces premiers modèles d’interaction Tau / MTs sous-entendent que les isoformes 3 et 4R des protéines Tau lient différentiellement l’extérieur des MTs en polymérisation. Toutefois, le domaine de liaison des microtubules peut également intéragir avec la surface interne des MTs en élongation (Kar et al., 2003 a et b). Dans ce deuxième modèle, l’interaction entre les MTs et Tau ne semble pas différente en fonction des isformes (3 et 4R) considérées, même si il semble qu’elle soit légèrement en faveur des isoformes 3R (Kar et al., 2003a). Cette fois, la partie C-terminale de la protéine Tau (domaine de liaison aux MTs) lie la surface interne des sous-unités des tubuline a et b d’une manière où chaque séquence répétée lie un dimère de tubuline (Figure 11). Le domaine de projection se place alors à l’extérieur de la surface des MTs. La région riche en proline, quant à elle, se positionne à la surface des MTs et interagirait avec les régions N-terminales et acides de Tau (Kar et al., 2003b).

Sur la base de ces deux modèles, la liaison entre Tau et les microtubules peut se produire par deux mécanismes : l’un à l’intérieur des MTs en élongation, l’autre à l’extérieur des MTs déjà polymérisés. Ces données indiquent que la protéine Tau entraîne la polymérisation et la stabilité des MTs en adoptant différentes conformations et par différentes interactions, dépendantes ou non des isoformes considérées. Il est également important de noter que la phosphorylation des protéines Tau, une de ces principales modifications post-traductionnelles (Cf chapitre suivant) médie la liaison de Tau aux microtubules en modifiant les interactions du core de liaison avec les régions flanquantes, diminuant ainsi la liaison de Tau aux microtubules (Goode et al., 1997) (Figure 12). Cette idée que la phosphorylation médie la liaison de Tau aux microtubules est renforcée par le type de liaisons entre les deux types de molécules. En effet, les liaisons mises en jeu sont de type électrostatique (Lee et al., 1989). La phosphorylation sur certains sites particuliers de la protéine Tau pourrait donc créer un phénomène de répulsion, ce qui diminuerait l’affinité de Tau pour la tubuline.La protéine Tau est donc une protéine multifonctionnelle dont le premier stade de régulation se fait au niveau transcriptionnel en fonction des isoformes de Tau synthétisées. Par ailleurs, la fonction des protéines Tau est également régulée par des modifications post traductionnelles et notamment par la phosphorylation.

 

 


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