III.4.1 : généralités.
Les modèles animaux et notamment murins des Tauopathies sont très
informatifs pour disséquer les mécanismes physiopathologiques
intervenant dans les différentes maladies neurodégénératives.
Pourtant, lapparition de la DNF na pu être observée
dans ces modèles que dans le cas où les protéines
Tau portent des mutations DFTP-17 codantes. De plus, la phosphorylation
anormale des protéines Tau (retrouvée dans toutes les Tauopathies),
caractérisée par des anticorps tels que AT100, AP422 ou
TG3, nest pas observée de façon régulière
dans les modèles murins de surexpression de Tau, kinasiques ou
phosphatasiques (où seule une hyperphosphorylation est détectée).
Létablissement de modèles cellulaires, beaucoup plus
maléables est donc tout aussi important pour modéliser le
comportement anormal de ces protéines Tau dans les Tauopathies
et pour déterminer les composants cellulaires impliqués.
Ces cultures présentent en outre lavantage dune maîtrise
parfaite des conditions expérimentales et permettent dassurer
ainsi la reproductibilité des résultats, ce qui nest
pas toujours aisé pour les expérimentations animales. Par
ailleurs, cette technique permet le criblage in vitro de molécules
à effet thérapeutique. Dans cette partie, nous développerons
donc les modèles cellulaires actuels permettant de visualiser cette
phosphorylation anormale ou lagrégation des protéines
Tau. Deux types de cultures sont possibles :
-> Les cultures primaires de cellules nerveuses : Elles sont obtenues
directement à partir du tissu cérébral dorigine
(souris transgéniques ou autre). Ces cellules, incapables de se
diviser en général, vont pousser, se différencier
et enfin mourir.
-> Les cultures de lignées établies : ce sont des lignées
clonales, donc par définition immortelles. Elles sont en général
issues de tissu néo-embryonnaire, soit prélevées
à la périphérie dun foyer tumoral et ensuite
sous cloné, soit dérivées de cellules transformées
par des techniques chimiques, virales ou encore de façon spontannée.III.4.2
: Les modèles de phosphorylation anormale.
Laspect le plus caractéristique des protéines Tau
pathologiques, même sil ne suffit pas à lui seul à
provoquer leur agrégation, est leur phosphorylation anormale. Un
certain nombre de modèles a donc été développé
pour disséquer les mécanismes cellulaires à lorigine
de cette modification pathologique.
Au départ, des équipes ont analysé létat
de phosphorylation de Tau dans des lignées de Neuroblastome humain
SY5Y dans des conditions physiologiques. Ainsi, dans des cellules en prolifération,
la phosphorylation des protéines Tau des cellules en phase mitotique
est largement augmentée (plus de 40 fois) (Pope et al., 1994).
Cet état de phosphorylation est comparable à celui retrouvé
lors du développement embryonnaire. De plus, au cours de la différenciation
des cellules par lacide rétinoïque (AR), une augmentation
de la synthèse et une relocalisation des protéines Tau ont
été notées (Haque et al., 1999 ; Uberti et al., 1997).
Dans ces conditions, leur phosphorylation anormale nest pourtant
pas observée. Les protéines Tau exprimées par les
cellules SY5Y sont donc phosphorylées dans un état physiologique,
quel que soit létat de prolifération ou de différenciation
des cellules. Dautres travaux ont donc par la suite tenté
par différentes voies dinduire la phosphorylation anormale
des protéines Tau dans cette lignée cellulaire.
Les premiers travaux réalisés ont utilisé lacide
okadaïque (AO), un puissant inhibiteur des « Tau protéines
phosphatases » comme PP1, PP2A et PP2B. Ce traitement est capable
dinduire lapparition dépitopes pathologiques,
spécifiques de la maladie dAlzheimer et autres Tauopathies
comme AT100 et AP422/988 (Caillet-Boudin et Delacourte., 1996 ; Mailliot
et al., 1998). AT100 peut également être généré
par lAO dans des cultures dastrocytes humains. Cet épitope
serait obtenu dans des conditions apoptotiques après inhibition
de PP2A et activation de PKB et de Cdc2 (Ksiezak-Reding et al., 2000).
Il pourrait finalement être observé in vitro après
une combinaison des activités pKA et GSK3b ou dans des cellules
Sf9 (Zheng-Fischhöfer et al., 1998).
Lépitope AP422, quant à lui, serait imputable aux
SAPK dans des cellules COS transfectées (Buée-Scherrer et
Goedert., 2002).
En résumé, la phosphorylation anormale et pathologique
des protéines Tau peut-être observée dans des cellules
de neuroblastome ou des astrocytes après un traitement par lacide
okadaïque qui provoque une inhibition des phosphatases et une activation
de certaines kinases. Ce traitement entraîne par ailleurs une mort
cellulaire par apoptose en induisant probablement la dépolymérisation
des microtubules. Lensemble de ces résultats souligne limportance
de la balance Kinases/Phosphatases ainsi que létat des microtubules
dans la modulation de létat de phosphorylation des protéines
Tau. Toutefois, dans ces conditions, même si la phosphorylation
anormale des protéines Tau est observée, aucun agrégat
nest produit. Une autre équipe a donc combiné cette
phosphorylation induite par lAO à leffet de loxydation
de Tau. Ainsi, un traitement combiné de lAO et du 4-hydroxynonénal,
agent oxydant, provoque lagrégation intraneuronale des protéines
Tau anormalement phosphorylées (Perez et al., 2002). Cette dernière
étude souligne limportance à la fois de la phosphorylation
et de loxydation de Tau pour la production dagrégats
in vivo. Ces travaux, quoique très informatifs, ne permettent pas
de conclure comment la phosphorylation anormale des protéines Tau
est générée dans une cellule neuronale où
aucun traitement drastique nest appliqué. En effet, lAO
va provoquer un phénomène apoptotique, une activation des
kinases et au contraire, une inactivation de phosphatases aspécifique.
En aucun cas lutilisation de cet inhibiteur ne permet de comprendre
comment cette phosphorylation est générée dans des
conditions natives.
III.4.3 : SY5Y et mutations DFTP-17.
Une des caractéristiques de la maladie dAlzheimer et autres
Tauopathies est une perte neuronale massive et sélective. Dans
cette perspective pathologique, les modèles transgéniques
décrits auparavant présentent un gros désavantage.
Leffet observé dans ces souris est dépendent de lexpression
du transgène (nombre de copies insérées et promoteur
utilisé). De plus, il semble que les neurones murins sont moins
susceptibles à dégénérer que les neurones
humains puisque seule la surexpression de Tau mutées provoque la
DNF. Finalement, leffet intracellulaire de la mutation ne peut pas
être déterminé aisément. Aussi, des modèles
cellulaires de surexpresion de Tau portant des mutations DFTP-17 ont été
générés et ont permis dobserver différents
effets intracellulaires.
-> Certaines mutations vont provoquer une perte de la liaison de la
protéine Tau pour les microtubules (Arakawa et al., 1999 ; Dayanandan
et al., 1999 ; Frappier et al., 1999 ; Matsumura et al., 1999 ; Perez
et al., 2000 ; Sahara et al., 2000 ; Nagiec et al., 2001). Cette baisse
daffinité serait peut-être à lorigine
de lagrégation des Tau mutées (Vogelsberg-Ragaglia
et al., 2000). Toutefois, probablement en fonction du système cellulaire
employé, leffet observé est plus ou moins important
(De Ture et al., 2000).
-> Elles vont affecter leur état de phosphorylation en jouant
sur lactivité de certaines kinases et phosphatases (Goedert
et al., 2000 ; Connell et al., 2001 ; Mack et al., 2001).
-> Finalement elles vont également pouvoir agir sur leur protéolyse
ou augmenter lapoptose en modifiant lhoméostasie calcique
(Yen et al., 1999 ; Furukawa et al., 2000).
En conclusion, la modélisation cellulaire et animale du rôle
physio-pathologique de Tau dans la maladie dAlzheimer et autres
Tauopathies est à lheure actuelle très développée.
Toutefois, il reste encore de nombreux points à élucider
afin de pouvoir comprendre les différentes étapes pouvant
conduire à leur phosphorylation anormale et à leur agrégation
pathologique. Ces derniers points, sils sont élucidés,
permettront certainement de pouvoir élaborer des traitements thérapeutiques
convaincants à lheure actuelle encore inconnus. |