L' apolipoprotéine E est une protéine de 299 acides aminés
qui se présente sous trois formes majeures E2, E3 et E4. Elles se distinguent
par la présence d'un résidu de cystéine ou d arginine aux acides aminés 112 et
158. L apoE est un transporteur du cholestérol et la forme E4 est facteur de
risque de maladies cardiovasculaires mais également de la maladie d Alzheimer.
L équipe de Roses a montré en 1993 que la forme E4 est
retrouvée plus souvent chez les sujets atteints d une maladie d Alzheimer que
chez des sujets témoins. Ce facteur intervient essentiellement dans les formes
tardives de la maladie qui sont les fréquentes. En 1994, plusieurs groupes,
dont le notre et l'équipe de Roses, mettaient en évidence le rôle protecteur
de la forme E2 vis à vis de la maladie. Le risque de développer une maladie d
Alzheimer chez les porteurs de cette forme d apoE est diminué de près de 4
fois.
Plusieurs études in vitro et in vivo ont montré que selon les
isoformes de l'apoE présentes, la réponse neuronale n était pas la même vis à
vis du processus dégénératif. Ainsi au cours de la maladie d Alzheimer,
l'isoforme E4 serait moins performante pour ralentir le processus pathologique
alors que l isoforme E2 retarderait mieux se processus....
En résumé, l'apoE est une agent neuroprotecteur, dans
la mesure où cette protéine transporte les lipides nécessaires à la réparation
des cellules nerveuses. La forme E2 est plus performante dans cette fonction
de transport et de réparation. L'individu porteur de cette forme apoE, variant
E2 va mieux résister à la maladie.
Thèse de Cathia Soulié,
Introduction
---------------
Chapitre
3
L'apolipoprotéine E (apo E) est une protéine ubiquitaire,
jouant un rôle dans le transport du cholestérol et des phospholipides (Shore
et Shore, 1973, Mahley, 1988). Le gène APOE était surtout connu pour son
implication dans les pathologies artérielles. Puis, l'apo E a été mise en
évidence au sein des lésions de la maladie d'Alzheimer, aussi bien dans les
plaques séniles que dans la dégénérescence neurofibrillaire (Namba et al.,
1991). Des études génétiques ont ensuite montré que l'apo E intervenait dans
la maladie d'Alzheimer, en tant que facteur de risque (pour l'allèle E4) ou
protecteur (pour l'allèle E2). La possibilité de son intervention dans la
maladie d'Alzheimer a multiplié les études concernant son rôle au sein du
système nerveux et son implication dans les processus
neuropathologiques.
3.1. Le gène de l'apo E et son
polymorphisme
L'apo E existe sous trois isoformes principales E2, E3, E4,
produits des allèles e2, e3, e4. La fréquence des allèles varie selon les
populations, toutefois l'isoforme E3 reste la plus fréquente (Hallman et al.,
1991). Ces trois isoformes peuvent donner six génotypes: trois génotypes
homozygotes (E2/E2, E3/E3, E4/E4) et trois génotypes hétérozygotes (E3/E2,
E3/E4, E2/E4). Le génotype le plus commun est E3/E3. Les différences entre les
trois allèles résultent d'une transition de cytosine à thymine aux positions
correspondantes, modifiant les sites de restriction HhaI (Hixson et Vernier,
1990, Appel et al., 1995). L'apo E3 comporte une cystéine au résidu 112 et une
arginine au résidu 158; la cystéine est présente à ces deux résidus pour
l'isoforme E2, et l'arginine à ces deux mêmes positions pour l'apo E4
(Weisgraber et al., 1981). Le gène de l'apo E est unique et situé à
l'extrémité centromérique de l'ensemble d'une famille de gènes codant pour le
groupe apolipoprotéine E, CI, et CII, sur le chromosome 19, dans la région
q13.2 (Olaisen et al., 1982, Das et al., 1985). Ce gène de 3,7 kb comporte
quatre exons et trois introns (Das et al., 1985, Paik et al., 1985). Le
premier exon est non codant, le deuxième exon code pour un peptide signal, le
troisième exon pour les 61 premiers acide aminés et le quatrième pour
l'essentiel de la protéine mature. L'ARNm a une longueur de 1163 paires de
base (Mc Lean et al., 1984).
3.2. La protéine apo E et ses modifications
post-traductionnelles
L'apo E est clivée par une peptidase pour les 18 acides
aminés composant le peptide signal, lors du passage à travers la membrane du
réticulum endoplasmique (Zannis et al., 1986) (figure 7). L'apo E
intracellulaire subit des O-glycosylations, accompagnée de sialylation. La
glycosylation, qui s'accompagne généralement d'une sialylation, a lieu à un
seul site de l'apo E, à la thréonine 194 (Rall et al., 1985, Wernette-Hammond,
1989). La protéine est ensuite secrétée et désialylée extracellulairement. 9O
% de l'apo E plasmatique est désialylée (Mahley et al., 1988). L'apo E mature
secrétée est une protéine de poids moléculaire apparent de 34 kDa (299 acides
aminés). Les substitutions des acides aminés aux positions 112 et 158 des
trois principales isoformes de l'apo E induisent des changements de point
isoélectrique (apo E2, pI=5,5; apo E3, pI=5,4; apo E4, pI=5,3) (Zannis and
Breslow, 1981). De part leur composition, les isoformes de l'apo E forment des
complexes différents: la présence des cystéines en position 122 et 158 de
l'apo E2 permet la formation de dimères et de multimères; la seule cystéine en
position 112 de l'apo E3 autorise la formation de dimères; l'absence de
cystéine à ces positions, remplacées par des arginines dans l'apo E4 impose la
présence de cette isoforme sous forme monomérique (Tozuta et al., 1992) L'apo
E est un des composants des lipoprotéines. Elle est un des constituants des
VLDL (very low density lipoprotein) dont la fonction première est le transport
des triglycérides du foie vers les tissus périphériques, des HDL (high density
lipoprotein) qui participent à la redistribution du cholestérol des cellules,
et des chylomicrons, d'origine intestinale, qui transportent les triglycérides
et le cholestérol alimentaire. L'apo E3 a une préférence pour former des
complexes de type HDL, de même que l'apo E2; l'apo E4 forme plutôt des VLDL
(Weisgraber et al., 1990, Gregg et al., 1986, Steinmetz et al., 1989). Cette
intéraction spécifique des isoformes de l'apo E avec les lipoprotéines
pourrait être due à une structure différente de ces trois protéines apo E
(Weisgraber et al., 1994).
3.3. Structure
L'apo E comporte deux domaines structuraux correspondant à
deux domaines fonctionnels, qui peuvent être individualisés par clivage à la
thrombine (Wetterau et al., 1988, Aggerbeck et al., 1988) (figure 8). La
partie N-terminale (1-191) (22 kDa) comporte quatre hélices a-amphiphiles de
22 acides aminés (caractéristiques des apolipoprotéines) arrangées de façon
antiparallèle (Wilson et al., 1991) et un domaine riche en acides aminés
basiques (lysine et arginine) qui représente un site de fixation à l'héparine
(142-147) (Weisgraber et al., 1986) et de liaison avec le récepteur LDL
(141-155) (Innerarity et al., 1983, Weisgraber et al., 1983). Les résidus
basiques forment un domaine de charges positives qui va interagir avec les
charges négatives des récepteurs LDL. La partie C-terminale (216-299) (10 kDa)
joue un rôle majeur dans le transport des lipides, grâce à un site de liason
aux lipides (244-272) (Weisgraber et al., 1990). La partie située entre ces
deux domaines fonctionnels est une région de structure non ordonnée, sensible
au clivage protéasique, et contenant un site potentiel d'attache glycannique.
Bien que les deux domaines (N-terminal et C-terminal) soient indépendants, ils
peuvent avoir une influence sur les propriètés de l'autre. L'Arg 61 joue un
rôle primordial dans la formation de la structure tridimensionnelle de l'apo
E4 (Dong et al., 1994), en tant que charge positive interagissant avec le
domaine C-terminal. En effet, dans l'apo E4, une liaison Arg 112- Glu 109
existe et induit une structure favorisant la liaison de l'Arg 61 avec l'acide
glutamique 255, appartenant au domaine C-terminal (Dong et Weisgraber, 1996).
Dans l'apo E3, la liaison de l'acide glutamique 109 avec le résidu 112 ne
s'établira pas, puisque c'est une cystéine; en conséquence, l'Arg 61 sera
positionnée différemment et ne pourra intéragir avec l'acide glutamique 255.
Ce mécanisme semble unique à l'homme (La Du et al., 1997). A l'exception du
lapin et du boeuf (Cys112), toutes les autres espèces ont une Arg en position
112 et 158 de l'apo E, comparable à l'apo E4 humaine, mais n'ont pas d'Arg en
position 61 (Dong et al., 1994, Dong et Weisgraber, 1996). Ces exceptions des
isoformes humaines leur confère des propriétés particulières: l'hélice a
confère la préférence de l'isoforme E4 pour former des complexes VLDL (Dong et
Weisgraber, 1996).
3.4. Distribution
tissulaire
L'apo E est synthétisée par de nombreux tissus. Des quantités
importantes d'ARNm d'apo E ont été détectées dans le foie, le cerveau, les
poumons, les reins, les ovaires... La source majeure de production d'apo E est
le foie: il serait à l'origine des 2/3, voire des 3/4 de l'apo E plasmatique
(Elshourbagy et al., 1985). Le second site de production de l'apo E est le
cerveau (environ 1/3 de l'apo E du foie) (Elshourbagy et al., 1985). Sa
synthèse peut être effectuée au niveau du système nerveux central par les
oligodendrocytes, la microglie (Nakai et al., 1996) et plus particulièrement
les astrocytes (Boyles et al., 1985, Diedrich et al., 1991, Poirier et al.,
1991). La présence de la protéine apo E est aussi mise en évidence dans les
cellules nerveuses, grâce à des techniques d'immunohistochimie (Han et al.,
1994a, b, Metzger et al., 1996). Elle est aussi présente de façon notable dans
le liquide céphalo-rachidien (Pitas et al.,1987). L'apo E est la principale
apolipoprotéine du système nerveux (Pitas et al., 1987).
3.5. Les récepteurs de l'apo
E
La majorité des récepteurs aux lipoprotéines contenant l'apo
E font partie de la famille des récepteurs LDL (low density lipoprotein),
définie par une homologie structurale: - le récepteur LDL est exprimé dans les
terminaisons nerveuses et sur les astrocytes (Guillaume et al., 1995). - le
récepteur LRP, ou récepteur a-2 macroglobuline, est majoritairement exprimé
dans les neurones et plus faiblement dans les astrocytes (Wolf et al., 1992,
Bu et al., 1994). L'internalisation des lipoprotéines par ce récepteur
nécessite une intéraction avec des héparanes sulfates protéoglycannes (Mahley
et al., 1994, Ji et al., 1994). - le récepteur VLDL est exprimé dans la
microglie (Christie et al., 1996b). - le récepteurs de type 2, apo ER2/LR7 est
aussi exprimé dans le cerveau au niveau du cortex cérébral, de l'hippocampe,
du bulbe olfactif et du plexus choroïde (Kim et al., 1996). - le récepteur
gp330/mégaline, glycoprotéine initialement mise en évidence dans le rein, est
aussi présent dans les neurones (LaFerla et al., 1997). - LR8B et LR11 sont
des membres de la famille des récepteurs LDL, mis récemment en évidence au
sein des cerveaux, respectivement de poulet et souris, et lapin (Novak et al.,
1996, Yamazaki et al., 1996). Le " récepteur scavenger " est exprimé au sein
des cellules microgliales (Christie et al., 1996a), et permet
l'internalisation de LDLs oxydés ou acétylés (Kodama et al., 1988). Jusqu'à
présent, aucune homologie structurale avec la famille des récepteurs LDL n'a
été démontrée.
Les récepteurs de l'apo E peuvent être classés selon leur
structure ou leur spécificité pour les ligands. Les récepteurs LDL et VLDL
sont spécifiques pour les lipoprotéines contenant l'apo B ou l'apo E. Les
récepteurs LRP, "scavenger", gp330 (Krieger et Herz, 1994) et LR8 (Jacobsen et
al., 1995, Bujo et al., 1994), sont capables de fixer des ligands autres que
des lipoprotéines contenant l'apo E ou l'apo B : - LRP: a 2 macroglobuline,
vitellogenine, exotoxine A, lactoferrine, RAP, ... - récepteur "scavenger":
polysaccharides, endotoxines,... - LR8: a 2 macroglobuline, vitellogenine, ...
- gp330: lactoferrine, plasminogène, lipoprotéine lipase, RAP,...
Les complexes apo E/ lipides sont internalisés par les
cellules grâce aux différents récepteurs. Plusieurs mécanismes ont été
proposés pour le récepteur LRP (figure 9) (Ji et al., 1994, Mahley et al.,
1994). A l'intérieur des cellules, les complexes sont dissociés: les
récepteurs sont recyclés au niveau de la membrane plasmique; les lipides sont
libérés dans le cytoplasme; l'apo E est vraisemblablement dégradée par la voie
endosomale/lysosomale. Le polymorphisme des isoformes E2, E3 et E4
interviennent au niveau du site d'interaction avec les récepteurs LDL et
entraînent des changements de charges. Ces changements pourront modifier les
intéractions avec les récepteurs. L'isoforme E2 serait moins affine que les
isoformes E3 et E4 pour ces récepteurs, l'isoforme E4 étant elle plus affine
que E3 (Guillaume et al., 1996). De même, l'apo E2 est moins affine pour le
récepteur LRP que E3 ou E4 (Kowal et al., 1990).
3.6. Régulation
La synthèse de l'apo E est régulée au cours du développement
et par des facteurs hormonaux et nutritionnels (Elshourbagy et al., 1985).
L'expression de l'apo E dans le cerveau est régulée par les oestrogènes, cette
régulation est tissu spécifique (Stone et al., 1997, Srivastava et al., 1996).
Le promoteur de l'apo E dans les astrocytes est régulé de manière positive par
l'AMPc et l'acide rétinoïque, grâce à une séquence conscensus nommée AP-2
(Garcia et al., 1996). L'expression du gène de l'apo E peut être régulée in
vitro par l'induction de stress tels que l'addition de lipopolysaccharides qui
a l'effet d'une infection bactérienne, ou une lésion chimique (Mouchel et al.,
1995). Des cytokines, comme l'interleukine 1 et l'interféron g, ou des
facteurs de croissance, comme le bFGF, peuvent diminuer la secrétion d'apo E
par des astrocytes en culture (Puttfarcken et al., 1997).
3.7. Rôle
L'apo E joue un rôle clairement établi dans le transport des
lipides, mais il est probable qu'elle joue d'autres rôles notamment au niveau
du système nerveux. L'intervention de l'apo E dans la régénération du système
nerveux ne semble pas limitée à son rôle de transporteur du cholestérol; l'apo
E peut également jouer un rôle dans la croissance neuritique, la toxicité
neuronale ou la stabilisation du cytosquelette neuronal.
3.7.1. Réparation
neuronale
L'apo E serait impliquée dans la réparation, la croissance et
le maintien de la myéline pendant le développement et après agression dans le
système nerveux périphérique et central (Müller et al., 1985, Poirier et al.,
1991). Lors de l'agression du nerf sciatique, l'apo E est produite en quantité
élevée au niveau de la lésion (Skene et Shooter, 1983, Ignatius et al., 1986,
Boyles et al., 1990), et l'expression des récepteurs de type LDL est augmentée
dans les cellules de Schwan au niveau de la lésion (Boyles et al., 1989).
L'apo E va permettre le transport du cholestérol et des lipides pour régénérer
les tissus au niveau de la lésion. Poirier et son équipe (1993a, 1994) ont mis
en évidence l'expression coordonnée de l'apo E et du récepteur LRP durant les
phases précoces et intermédiaires de réinnervation dans les systèmes nerveux
central et périphérique.
3.7.2. Croissance
neuritique
Des études in vitro sur des neurones du système périphérique
de lapins ont mis en évidence une augmentation de la croissance neuritique, en
particulier un accroissement du branchement neuritique, en présence d'une
source de lipides (des lipoprotéines riches en cholestérol, les b-VLDL).
Lorsque l'apo E de lapin (proche de l'apo E3 humaine) est ajoutée, une
extension neuritique plus importante est également observée. Les b-VLDL seules
semblent augmenter la biosynthèse membranaire, tandis que les b-VLDL et l'apo
E, augmentent cette biosynthèse ainsi que l'extension neuritique (Handelman et
al., 1992). La stimulation de l'extension neuritique in vivo pourrait
promouvoir la régénération neuronale et la formation des connections
synaptiques durant le remodelage neuronal. Effectivement, les apo E3 et E4
humaines produisent un effet différent sur la croissance neuritique. En
présence de b-VLDL, l'apo E3 augmente la croissance neuritique tandis que
l'apo E4 diminue les branchements et l'extension neuritiques des neurones
périphériques de lapins en culture (Nathan et al., 1994). L'effet de l'apo E4
n'est pas toxique, puisqu'il est réversible. Les effets spécifiques de l'apo
E3 et de l'apo E4 sont inhibés par l'addition d'anticorps contre le domaine de
liaison de l'apo E aux récepteurs, ou par une méthylation réductive des
lysines de l'apo E, ce qui implique une intervention des récepteurs aux
lipoprotéines (Nathan et al., 1994). L'apo E3 humaine en présence d'une source
de lipides augmente la croissance neuritique des cellules Neuro 2a (cellules
issues de neuroblastomes murins), tandis que l'apo E4 l'inhibe (Nathan et al.,
1995). L'extension neuritique est aussi augmentée pour les cellules neuronales
GT1-1 trk9, neurones immortalisés d'hippocampique de souris (Holtzmann et al.,
1995). Aucune modification des cellules Neuro 2a n'est observée lors de
l'addition d'apo E sans source de lipides. L'effet de l'apo E sur les neurones
est médié par les récepteurs aux lipoprotéines: l'apo E sans lipides ne se lie
pas aux récepteurs LDL ou LRP, présents sur les cellules Neuro 2a.
L'inhibition de la croissance neuritique par l'isoforme E4 serait associée,
pour les cellules Neuro 2a, a une dépolymérisation des microtubules ou tout au
moins une déstabilisation du cytosquelette neuronal (Nathan et al., 1995). Ces
premières études ont été réalisées avec des doses importantes d'apo E; pour
connaître l'effet de plus faibles quantités, les cellules Neuro 2a ont été
transfectées avec de l'apo E humaine. Les cellules transfectées, sans apport
de lipoprotéines dans le milieu présente une extension neuritique limitée.
Quand une source de lipides est ajoutée, les cellules ont une morphologie
différente suivant l'isoforme, E3 ou E4, transfectée: les cellules
transfectées par l'isoforme E3 ont une extension neuritique plus importante
(Bellosta et al., 1995). Une faible quantitée d'apo E, en présence de lipides,
est suufisante pour induire des effets différentiels pour les isoformes E3 et
E4. La présence de lipides semble donc requise pour un effet de l'apo E sur la
croissance neuritique; l'association de l'apo E et des lipides permet
probablement la reconnaissance au niveau des récepteurs. Différentes émulsions
lipidiques, autres que les b-VLDL, ont été testées. Les lipoprotéines
extraites du liquide céphalo-rachidien sont riches en HDL, et favorisent
l'action de l'apo E; d'autres complexes, comme les LDL, ne peuvent induire les
mêmes effets (Bellosta et al., 1995). Le rôle de l'apo E sur la croissance
neuritique pourrait être due à son intervention dans les intéractions entre
les neurones et des protéines de la matrice extracellulaire, comme la laminine
(Huang et al, 1995a). Les récepteurs LRP sont impliqués dans la croissance
neuritique induites par de l'apo E (Holtzmann et al, 1995, Narita et al,
1997). Un changement de la conformation des HSPG (utilisation d'héparinase ou
de chlorate de sodium), l'utilisation d'anticorps anti LRP ou d'un ligand
spécifique RAP, qui entre en compétition avec l'apo E inhibe les effets de
l'apo E sur des cultures primaires d'hippocampes de rat (Narita et al.,
1997)
3.7.3. Toxicité
L'étude de l'apo E, en tant qu'inhibiteur de prolifération
cellulaire des lymphocytes T (Vogel et al., 1994) a permis d'envisager un rôle
toxique de l'apo E. De plus, Crutcher et al., (1994) ont montré que l'apo E
provoque une dégénérescence des cultures primaires d'embryon de poulet. Des
peptides correspondant à un dimère de la région de liaison aux récepteurs LDL
sont toxiques pour des lymphocytes T, en absence de lipoprotéines. C'est la
région des acides aminés 141-149 qui semble intervenir (Clay et al., 1995).
L'apo E, issue du milieu de culture des cellules HEK293 transfectées avec les
isoformes E3 et E4 humaines, provoque une diminution de la viabilité des
neurones sympathiques d'embryons de poulet. L'isoforme E4 est plus toxique que
l'isoforme E3 (Marques et al., 1996a). Cette toxicité s'accompagne de
l'apparition dans le milieu de culture d'un fragment de 22 kDa, correspondant
peut-être à la partie N-terminale de l'apo E. La moitié N-terminale de l'apo E
(1-199) mis au contact de cellules neuronales (cellules embryonnaires de
ganglions de poulet et neurones sympathiques d'embryons de poulet) est
effectivement toxique (Marques et al., 1996b, Crutcher et al., 1997, Tolar et
al., 1997). L'apo E est partiellement protéolysée dans les cerveaux: la
présence de fragments N-terminaux a été mise en évidence dans les cerveaux de
témoins ou de patients atteints de maladie d'Alzheimer (Marques et al., 1996a,
Crutcher et al., 1997); le fragment C-terminal de l'apo E a été copurifiée
avec la substance amyloïde de cerveaux de patients Alzheimer (Wisniewski et
al., 1995). Le mode d'action neurotoxique de l'apo E n'est pas encore élucidé,
mais il semble que l'homéostasie calcique soit perturbée lors de ces
expériences: des peptides répétitifs en tandem, correspondant à la partie
N-terminale de l'apo E, augmentent la concentration du calcium intracellulaire
de culture primaire de neurones en culture (Wang et Gruenstein, 1997). L'apo E
inhiberait la prolifération cellulaire en entrant en compétition avec les
facteurs de croissance pour la liaison aux protéoglycannes de type héparane
sulfate (Vogel et al., 1994). Ce sont également les LRP qui semblent impliquer
dans la toxicité de l'apo E (Vogel et al., 1994, Tolar et al.,
1997).
3.7.4. Apo E et
cytosquelette
Le rôle prépondérant de l'apo E au sein du système nerveux a
été mis en évidence lors d'études de souris n'exprimant pas l'apo E. Ces
souris montrent une diminution du nombre de synapses en fonction de l'âge, une
vacuolisation des dendrites, une rupture du système des endomembranes et une
fragmentation des éléments microtubulaires (Roses et al., 1995, Masliah et
al., 1995). L'apo E semble donc jouer un rôle important dans le maintien de
l'intégrité du système nerveux central âgé, et notamment pour les neurones du
système cholinergique qui sont les plus affectés dans les souris n'exprimant
pas l'apo E (Chapman et Michaelson, 1998). Les souris n'exprimant pas l'apo E
ont leurs performances diminuées lors de tests cognitifs, ceci étant dû à la
perte de l'intégrité des structures synapto-dendritiques. Après perfusion de
l'apo E3 ou de l'apo E4 humaine dans le cerveau de ces souris, leurs réussites
aux tests cognitifs égalent celles des souris témoins. La restauration des
performances cognitives est associée à une structure neuronale préservée
(Masliah et al., 1997). Les souris ne synthétisant pas l'apo E murine, mais
les différentes isoformes de l'apo E humaine, expriment l'apo E dans les
astrocytes, ce qui est caractéristique du profil des rongeurs (Bowman et al.,
1996). Une autre étude a mis en évidence la présence d'apo E humaine dans ces
souris au niveau des astrocytes et de certaines classes de neurones (Xu et
al., 1996), avec un profil similaire à celui observé dans les primates non
humains (Schmechel et al., 1996) et chez l'homme (Metzger et al.,
1996).
3.7.5. Conclusion
Au niveau du système nerveux, l'apo E a des rôles variés.
L'apo E3, en présence de lipides, est internalisée dans les neurones, ce qui
favorise la stabilité des microtubules et l'extension neuritique; ces
processus sont médiés par les récepteurs LRP. L'apo E4 n'est pas capable
d'assurer ces mêmes fonctions. Des études plus récentes montrent que l'apo E
et son fragment N-terminal issu du clivage par la thromine ont une activité
neurotoxique. La protéolyse est-elle nécessaire ou accompagne-t-elle
l'activité toxique de l'apo E? Est ce que les activités trophiques et toxiques
dépendent in vivo de la régulation de la protéolyse de l'apo E?
3.8. Apolipoprotéine E et maladie
d'Alzheimer
3.8.1. Apo E et lésions de la
maladie
Les études génétiques ont décrits l'allèle e2 comme facteur
protecteur et l'allèle e4 comme facteur de risque pour la maladie d'Alzheimer,
mais d'autres résultats ont mis en évidence l'implication de l'apo E dans la
maladie. Des études immunohistochimiques des cerveaux de patients atteints de
maladie d'Alzheimer ont montré la présence d'apo E dans les dépôts amyloïdes
extracellulaires, ainsi que les dépôts vasculaires, dans les astrocytes et
dans quelques neurones contenant ou non des PHFs (Namba et al., 1991, Han et
al., 1994a, b). C'est la partie C-terminale de l'apo E qui est retrouvée au
sein des fibrilles amyloïdes des cerveaux Alzheimer (Wisniewski et al., 1995).
L'apo E est mise en évidence dans les dépôts compacts d'amyloïde, mais il
existe une distribution régionale de l'apo E au sein des dépôts diffus
d'amyloïdes: celle-ci est retrouvée dans les plaques du cérébellum et du
cortex cortical, et est absente ou présente en faible quantité dans les
plaques du striatum et du thalamus (Kida et al., 1994). L'allèle e4 est un
facteur de risque de la maladie, qui semble corréler avec des données
immunohistochimiques. Les sujets homozygotes pour l'allèle e4 ont un nombre
accru de dépôts amyloïdes au sein des vaisseaux et de plaques amyloïdes
(Schmechel et al., 1993). De même, les PS sont plus nombreuses dans les
cerveaux de patients Alzheimer possédant une isoforme E4 de l'apo E par
rapport à ceux ayant une isoforme E3 (Hyman et al., 1995). Une augmentation de
l'expression de l'apo E par les astrocytes est observée dans les cerveaux de
patients, ce qui est probabement la conséquence des diverses agressions
(Diedrich et al., 1991). Quelques neurones seulement sont marqués (Han et al.,
1994a, b). Des résultats divergents ont été mis en évidence par Metzger et al.
(1996), qui rapportent la présence d'apo E dans les neurones des couches III
et V du cortex frontal de cerveaux normaux; l'immunomarquage est diminué dans
les cerveaux de patients Alzheimer. Globalement, le taux d'apo E n'est pas
augmenté dans les cerveaux d'Alzheimer, mais il existe des variations
inter-régionales: le taux le plus haut est observé dans le cérébellum, le plus
bas dans le cortex frontal (Pirttila et al., 1996a). Le polymorphisme de l'apo
E peut également jouer sur les déficits neurochimiques, et notamment sur le
déficit cholinergique. En effet, des déficits cholinergiques sont plus
importants chez les patients porteurs de l'allèle e4 (Beffert et Poirier,
1996).
3.8.2. Apo E et peptide
amyloïde
La localisation de l'apo E au sein des plaques serait le
résultat de son association avec le peptide amyloïde (Näslund et al., 1995).
La liaison du peptide amyloïde et de l'apo E n'est pas spécifique de la
maladie d'Alzheimer, car elle est retrouvée dans l'angiopathie cérébrale et
différentes pathologies cérébrales avec amyloïdoses. Les différentes isoformes
ont des propriètés particulières vis à vis de la protéine b amyloïde. Cette
affinité de l'apo E pour le peptide Ab est discutée selon les auteurs, et
l'intervention de l'apo E dans l'amyloïdogénèse est le sujet de diverses
hypothèses.
3.8.2.1. Apo E: cofacteur de
l'amyloïdogénèse
L'apo E4 purifiée de plasma se lierait au peptide amyloïde
avec une affinité plus importante que les autres allèles (Wisniewski et al.,
1993, Strittmatter et al., 1993); ce sont des formes oxydées de l'apo E qui se
lient à l'Ab. Cette liaison a lieu pour l'apo E dans le domaine d'intéractions
avec les lipides (figure 10). La liaison de l'Ab avec l'apo E4 s'effectue de
façon plus rapide que celle de l'apo E3 et de l'Ab (Strittmatter et al.,
1993), et entraîne l'apparition de fibrilles plus précocément (Wisniewski et
al., 1994, Sanan et al., 1994). L'association de l'apo E et du peptide
amyloïde aboutit donc à la formation de fibrilles insolubles, observables en
microscopie électronique (Ma et al., 1994, Wisniewski et al., 1994). La
proportion d'apo E par rapport au peptide amyloïde serait déterminante dans
l'agrégation du peptide amyloïde (Ma et al., 1994). L'apo E favorise
l'agrégation du peptide amyloïde. Cependant, l'incubation in vitro de l'apo E
et du peptide Ab, dans des conditions particulières de concentrations et de
ratio molaire (50 mM d'Ab et 1/100 ou 1/1000 d'apo E) inhibe la nucléation et
les phases d'extension de l'agrégation du peptide amyloïde (Naiki et al.,
1997). Pour des concentrations plus élevées de peptides, cette inhibition
n'est pas retrouvée. Dans ce contexte, il n'y a pas de différence entre les
trois isoformes (Wood et al., 1996). L'apo E serait uniquement un inhibiteur
cinétique, en retardant la formation des fibrilles amyloïdes, mais pas un
inhibiteur thermodynamique, qui modifierait les structures établies (Evans et
al., 1995). L'apo E serait donc une molécule chaperonne pour la
fibrillogénèse, et c'est l'isoforme E4 qui se lierait préférentiellement au
peptide amyloïde (Wisniewski et Frangione, 1992). La liaison de l'apo E4 et du
peptide amyloïde expliquerait son rôle en tant que facteur de risque (figure
11). Des souris transgéniques pour le gène de l'APP muté à la position 717 et
n'exprimant aucun, un allèle ou deux allèles de l'apo E ont un nombre de
dépôts amyloïdes accrus plus l'apo E est exprimée (Bales et al., 1997). Ces
expériences sont en faveur d'une intervention de l'apo E qui faciliterait les
dépôts amyloïdes.
3.8.2.2. Apo E: élimination du peptide
amyloïde
D'autres auteurs (Zhou et al., 1996, La Du et al., 1994,
1997, Yang et al., 1997) ont mis en évidence des résultats contradictoires: le
peptide Ab se lierait préférentiellement à l'apo E3 associée à des
lipoprotéines, plutôt qu'à l'isofome E4 associée à des lipoprotéines. L'apo
E2, sous forme de dimères, serait encore plus efficace que l'apo E3 pour la
formation de complexes avec le peptide amyloïde (Aleshkov et al., 1997).
L'efficacité à former des complexes entre l'apo E et le peptide amyloïde est
inversement corrélée au risque de développer la maladie: l'apo E2, qui est un
facteur protecteur se lie préférentiellement au peptide amyloïde. Le peptide
amyloïde et l'apo E ont été mis en évidence au sein de mêmes vésicules dans
les neurones (LaFerla et al., 1997); ces neurones expriment en quantité
importante le récepteur gp330. La présence de complexes solubles apo E2/E3-Ab
permettraient l'internalisation par des récepteurs de l'apo E dans les
cerveaux de patients atteints de maladie d'Alzheimer. Le récepteur LRP semble
aussi impliqué in vitro dans l'internalisation du complexe apo E-Ab par des
cellules de muscles (Urmoneit et al., 1997). En présence d'apo E4, le peptide
amyloïde extracellulaire ne serait pas ou peu éliminé, ce qui provoquerait
l'activation des cellules gliales et d'autres effets neurotoxiques. L'apo E se
lie également au précurseur du peptide amyloïde, l'APP, dans la partie
contenant le peptide Ab. Cette liaison peut être inhibée par le peptide
amyloïde ou par des anticorps anti-apo E, et n'est pas dépendante de
l'isoforme d'apo E utilisée (Haas et al., 1997). L'APP peut se fixer au LRP,
le récepteur neuronal majoritaire pour l'apo E. Cette fixation est suivie de
l'internalisation du complexe et de sa dégradation (Kounnas et al., 1995,
Knauer et al., 1996). Un argument supplémentaire en faveur du rôle protecteur
de l'apo E est la protection in vitro de la toxicité du peptide amyloïde
(Whitson et al., 1994, Puttfarcken et al., 1997) avec un effet spécifique de
chaque isoforme (E3 étant plus efficace que E4 et moins que E2). L'apo E
diminue les effets toxiques en protégeant d'un stress oxydatif induit par le
peptide amyloïde (Miyata et Smith, 1996).
Deux hypothèses sont donc envisageables pour le rôle
protecteur de l'apo E (figure 11): - Les isoformes E2 et E3 de l'apo E
formeraient des complexes avec le peptide amyloïde extracellulaire, et le
séquestreraient. Cette association retarderait la formation des fibrilles
amyloïdes et la formation des plaques. - L'apo E serait impliquée dans
l'élimination du peptide amyloïde, via une internalisation par les
cellules.
3.8.2.3. Conclusion
Deux mécanismes sont donc proposés pour l'intervention de
l'apo E dans l'amyloïdogénèse. Le rôle de l'apo E est isoforme spécifique
quelque soit le mécanisme proposé, et implique une liaison différente de l'apo
E au peptide amyloïde. Les isoformes de l'apo E diffèrent dans leur capacité:
- soit à faciliter la déposition du peptide amyloïde, en modulant la formation
de fibrilles et l'agrégation du peptide amyloïde. - soit à aider à
l'élimination du peptide amyloïde et retarder la formation des fibrilles Les
différentes observations quant à la liaison du peptide amyloïde et de l'apo E
in vitro peuvent être liées à la source d'apo E: l'apo E purifiée de plasma
est partiellement dissociée des lipides; l'apo E issue de cellules
transfectées est associée à des lipoprotéines ou à d'autres protéines
auxiliaires. De plus, il est possible que l'état d'oxydation soit différent
pour ces deux sources d'apo E. Ces facteurs vont influencer la structure de
l'apo E, ce qui va entraîner des répercutions sur la liaison de l'apo E avec
d'autres molécules.
3.8.3. Apo E et protéines du
cytosquelette
Pour que l'apo E puisse interagir avec les protéines Tau,
l'apo E doit se situer dans le cytoplasme du neurone, ce qui a été décrit par
Han et al. (1994). L'apo E étant décrite comme non synthétisée par le neurone,
elle doit être internalisée par la voie des récepteurs, et échapper de la
dégradation par la voie endosomale/lysosomale. Les isoformes ayant des
affinités différentes pour les récepteurs, les divers variants de l'apo E ne
se fixent pas identiquement aux récepteurs neuronaux et ne soient donc pas
internalisés de la même façon. In vitro, l'isoforme E3 a une affinité plus
importante pour les protéines Tau que l'isoforme E4 (Strittmatter et al.,
1994a, Fleming et al., 1996) dans le cas de liaisons fortes. Si les
intéractions faibles sont considérées, l'apo E3 et l'apo E4 ont une affinité
similaire pour les protéines Tau (Fleming et al., 1996, Richey et al. , 1995).
La liaison des protéines Tau et de l'apo E intervient au niveau de la région
N-terminale de l'apo E (région de liaison aux récepteurs LDL) et dans la
région de la liaison aux microtubules des protéines Tau (Stritmatter et al.,
1993, 1994) (figure 10). La liaison de l'apo E et des protéines MAP 2C, actine
et tubuline est un argument supplémentaire pour un rôle de l'apo E dans la
stabilisation du cytosquelette neuronal (Huang et al., 1994, Fleming et al.,
1996). La phosphorylation des protéines Tau élimine la possibilité de
formation de complexes entre les protéines Tau et l'apo E (Strittmatter et
al., 1994). Plus particulièrement, la phosphorylation de la sérine 262 des
protéines Tau, située dans la région de liaison aux microtubules, abolit la
liaison de l'apo E3 et des protéines Tau (Huang et al., 1995b). Les liaisons
différentielles de l'apo E3 et de l'apo E4 aux protéines Tau peuvent
s'expliquer par l'absence d'une cystéine en position 112 sur l'isoforme E4. La
cystéine, à cette position de l'isoforme E3, pourrait intervenir dans la
liaison aux cystéines présentes dans la région de liaison aux microtubules des
protéines Tau, qui sont nécessaires pour la dimérisation des protéines Tau, et
ainsi empêcher la phoshorylation des protéines Tau et leur dimérisation, puis
la formation de PHFs. Selon Mercken et Brion (1995), la phosphorylation des
protéines Tau de souris n'exprimant pas l'apo E n'est pas affectée. Par
contre, les protéines Tau de souris n'exprimant pas d'apo E sont plus
phosphorylées que les protéines Tau de souris sauvages selon Genis et al.
(1995). Une liaison de l'apo E3 avec les protéines Tau diminue la glycation de
ces protéines in vitro (Ledesma et al., 1996). L'interaction de l'apo E
pourrait intervenir dans la phosphorylation ou la glycation des protéines en
masquant les sites sensibles. L'association de l'allèle e4 avec la maladie
s'expliquerait par l'absence d'effet protecteur, existant pour l'allèle e3
(Strittmatter et al., 1994).
3.9. Conclusion
Les études génétiques ont montré un rôle de l'apo E dans la
maladie d'Alzheimer, différent selon les allèles: l'allèle e4 est un facteur
de risque et l'allèle e2 un facteur protecteur. Les patients Alzheimer e4
présentent un déficit cholinergique plus important. La présence de l'apo E au
sein des lésions de la maladie d'Alzheimer est expliquée par une une liaison
spécifique des isoformes au peptide amyloïde et aux protéines Tau. L'apo E
favoriserait ou protégerait des processus pathologiques en participant à
l'amyloïdogénèse (pour l'accentuer ou faciliter l'élimination du peptide
amyloïde) et/ou en protégeant les protéines Tau d'une hyperphosphorylation.
Ces hypothèses proposent un rôle indirect de l'apo E dans la maladie
d'Alzheimer. Cependant, un rôle direct de l'apo E peut aussi être envisagé.
D'après des études sur le rôle de l'apo E dans le système nerveux, l'apo E
module avec un effet isoforme spécifique la croissance neuritique, et
participerait à la réinnervation après perte cellulaire. D'autre part, l'apo E
ou des fragments dérivés sont toxiques pour des cellules en culture. Ces
différentes voies pourraient agir en synergie, ce qui impliquerait un rôle
prédominant de l'apo E dans la maladie d'Alzheimer.
DEA
de Stéphanie Ferreira, 1999
Lapolipoprotéine E (apoE) est une
glycoprotéine impliquée dans lhoméostasie du cholestérol et dans le
métabolisme de lipoprotéines plasmatiques. Après le foie, le cerveau est la
principale source dapoE. Cest aussi lapolipoprotéine la plus abondante dans
le liquide céphalo-rachidien (3 à 5 mg/ml).
La particularité de lapoE humaine est
quelle existe sous trois formes : les variants E2, E3 et E4
respectivement codés par les allèles e2, e3 et
e4. Lisoforme la plus
commune, E3, comporte un résidu cystéine en position 112 et une arginine en
position 158. Les deux isoformes E2 et E4 diffèrent de E3 par la substitution
de la cystéine 112 par une arginine pour lisoforme E4 et de larginine 158
par une cystéine pour lisoforme E2. Ces substitutions dacide aminé
engendrent une différence de fonctionnalité des trois isoformes notamment dans
leur capacité à se lier aux récepteurs et aux particules lipidiques
(revue : Weisgraber et al., 1996).
Au sein du système nerveux central,
lapolipoprotéine E est principalement synthétisée par les astrocytes
(revue : Beffert et al., 1998). Cependant, certains travaux ont
mis en évidence par immunomarquage une présence intra-neuronale de lapoE (Han
et al., 1994a). La capture par les neurones, de lapoE sécrétée
par les astrocytes, pourrait expliquer cette localisation intra-neuronale.
Cette hypothèse est renforcée par lexistence de nombreux récepteurs de lapoE
dans le cerveau dont certains sont plus spécifiques de la population neuronale
(cf. Tableau 1).
Tableau 1 : Localisation des récepteurs de lapoE
dans le système nerveux central.
Lorigine des tissus analysés est indiquée entre
parenthèses.
(pour revue : Beffert et al., 1998)
|
recepteurs
de
lapoE |
Localisation |
|
LDL |
Astrocytes, oligodendrocytes, microglie et cellules
endothéliales
de capillaire cérébral
(Homme) |
|
VLDL |
Neurones et microglie.
Cellules pyramidales de lhippocampe et du cortex.
Cellules granulaires du gyrus dentelé (Homme) |
|
LRP |
Neurones et plus faiblement les
astrocytes
Cellules granulaires et pyramidales de lhippocampe,
cervelet, cortex
cérébral (Homme) |
|
APOER2 |
Cellules pyramidales de lhippocampe, cellules
granulaires du gyrus dentelé,
bulbe olfactif, plexus choroïde et cortex cérébral.
(Rat) |
|
SorLA-1 |
hippocampe, gyrus dentelé, cortex cérébral
(Lapin) |
|
SCAVENGER |
Microglie, macrophages
(Homme) |
|
GP330 |
Neurones (LaFerla et al.,
1997) |
Cependant, la présence intra-neuronale de lapoE pourrait
aussi être due à une synthèse propre des neurones. En effet, des travaux ont
mis en évidence une synthèse de lapoE dans la lignée humaine de neuroblastome
SKNSH-SY5Y par hybridation in situ et par RT-PCR (Dupont-Wallois et
al., 1997, Soulié et al., 1999). Cette synthèse varie en fonction
de la différenciation neuronale. Récemment, des transcrits de lapoE ont été
détectés par hybridation in situ dans les cellules gliales mais
également dans certains neurones du cortex cérébral et de lhippocampe du
cerveau humain (Xu et al., 1999). Cette synthèse neuronale semble
spécifique à lapoE humaine (Xu et al., 1996) et dépendrait de son
promoteur (Roses et al., 1998).
Alors que lapoE a un rôle clairement établi dans le
transport des lipides plasmatiques, sa fonction dans le système nerveux est
encore mal définie.
Limportance de lapoE dans le système nerveux central (SNC)
sest révélée lors de la découverte de son implication dans la maladie
dAlzheimer. En effet, la présence de lallèle e4 est
associée à une augmentation du risque de développer la maladie, alors que
lallèle e2 serait protectrice . LapoE est retrouvée dans les deux lésions cérébrales
caractéristiques de la maladie à savoir les plaques séniles et les paires de
filaments en hélice (PHF) à lorigine de la dégénérescence neuronale (DNF).
Elle pourrait être impliquée dans les processus pathologiques qui entraînent
la formation des plaques et la DNF. Selon les hypothèses, lapoE pourrait,
soit favoriser lagrégation extracellulaire du peptide Ab, constituant principal des plaques
séniles soit, au contraire, favoriser sa capture par les neurones
(revue : Weisgraber et al., 1996) LapoE pourrait également avoir
un rôle antioxydant en protégeant les neurones de la cytotoxicité du peptide
Ab, lapoE3 ayant de
meilleures propriétés antioxydantes que lapoE4 (Miyata et al., 1996).
De nombreuses études impliquent également lapoE dans le processus de
dégénérescence et en particulier dans la formation des PHF. Le constituant
majeur des PHF est la protéine tau hyperphosphorylée. Cette protéine fait
partie de la famille des MAP (Microtubule Associated Protein). Elle participe,
avec dautres protéines, au maintien du réseau microtubulaire notamment dans
les axones. Sttrimatter et ses collaborateurs ont rapporté que, in
vitro, lapoE3 lie fortement la protéine tau non phosphorylée dans la
région qui interagit normalement avec la tubuline alors que la liaison avec
lapoE4 est plus faible. Cette interaction entre lapoE et tau pourrait
protéger les protéines tau dune phosphorylation anormale et de leur
agrégation en PHF (revue : Roses et al., 1996). Dautres travaux
ont mis en évidence lexistence dun deuxième type de liaison entre lapoE et
les protéines tau, liaison faible qui serait indépendante de létat de
phosphorylation des tau. (Fleming et al., 1996) De même, lapoE peut se
lier in vitro à dautres protéines du cytosquelette telles que
lactine, la tubuline et MAP2C renforçant lhypothèse dun rôle de lapoE dans
le maintien du cytosquelette (pour revue : Roses et al.,
1996). LapoE pourrait aussi agir de façon indirecte sur létat de
phosphorylation des protéines tau via une activation de phosphatases (Wang
et al., 1998) ou via linduction dune augmentation de la concentration
du calcium intracellulaire (Muller et al., 1998).
De nombreuses études tentent de déterminer la fonction de
lapoE dans le système nerveux normal ce qui permettrait détablir en
conséquence des hypothèses sur son rôle dans certaines pathologies. Les
premiers travaux remontent à lannée 1986. A cette époque, des modèles animaux
ayant subi une lésion du nerf sciatique ont permis de démontrer limplication
de lapoE dans le stockage et la redistribution du cholestérol nécessaires à
la régénération neuronale périphérique (Ignatius et al., 1986).
La création de souris déficientes en apoE a permis de mettre
en évidence le rôle de lapoE dans le système nerveux central (SNC). Masliah
et al., (1995) ont pu observer que cette apolipoprotéine est impliquée
dans la plasticité et dans le maintien de lintégrité des synapses et des
terminaisons nerveuses du système nerveux central au cours du vieillissement.
De plus, les souris déficientes en apoE ont une faible capacité de réparation
neuronale après lésion avec en particulier une forte perturbation du réseau
cytosquelettique.
Plusieurs études ont essayé délucider les mécanismes
impliqués dans la fonction de lapoE sur le cytosquelette neuronal mais les
résultats semblent contradictoires et pourraient dépendre du système
cellulaire étudié. Ainsi, lapoE3 favorise la croissance neuritique de
neurones de ganglions dorsaux de lapin (Nathan et al., 1994) et des
cellules de neuroblastome Neuro2a transfectées avec lapoE3 ont également une
pousse neuritique favorisée (DeMattos et al., 1998). Par contre,
lapoE4 naffecte pas la croissance des neurites dans le cas des Neuro2a
transfectées (DeMattos et al., 1998) ou bien elle inhibe cette
croissance et déstabilise le réseau microtubulaire des neurones de ganglion
dorsaux de lapin (Nathan et al., 1995). In vitro, il a été
démontré que lapoE pourrait effectivement avoir une action sur le réseau
microtubulaire en favorisant la polymérisation de la tubuline en microtubules.
Cependant aucune différence en fonction de lisoforme de lapoE étudiée na pu
être observée (Scott et al., 1998).
Dautres travaux ont démontré que lapoE ajoutée dans le
milieu de culture de lignées cellulaires de type neuronal pouvait être toxique
(Marques et al., 1996). La même observation a été faite au sein du
laboratoire sur la lignée de neuroblastome SKNSH-SY5Y différenciées. LapoE
entraîne une rétraction des neurites des cellules différenciées et, de même,
lisoforme E4 sest avérée plus délétère que lisoforme E3 (Thèse de Cathia
Soulié, 1998).
Lintervention de lapoE dans le système nerveux central
ne semble donc pas limitée à son rôle de transporteur du cholestérol. LapoE
pourrait également jouer un rôle dans la stabilisation du cytosquelette
neuronal, la croissance neuritique et la toxicité neuronale.
La compréhension de la fonction de lapoE dans le SNC est
primordiale pour appréhender son implication dans le maintien de lintégrité
du cerveau au cours du vieillissement mais aussi dans la maladie dAlzheimer
où son mécanisme daction reste controversé.
Lensemble des résultats montrent quil est important délucider le
rôle extracellulaire mais aussi intracellulaire de lapoE sur les neurones et
en particulier de déterminer son action sur le cytosquelette.
Les principales études concernant le rôle de lapoE dans la
différenciation cellulaire et son action sur le cytosquelette neuronal ont été
effectuées dans des modèles animaux murins, sur des lignées cellulaires
dorigine animale ou même in vitro. Les résultats expérimentaux
apparaissent contradictoires selon les modèles étudiés. La maladie dAlzheimer
étant une maladie spécifique à lhomme, il nous a semblé important daborder
ces thématiques en utilisant un modèle cellulaire dorigine
humaine.
Au sein du laboratoire, un premier modèle a été mis au point
sur la lignée de neuroblastome humain SKNSH-SY5Y. Ces cellules synthétisent de
lapoE et des variations dans la synthèse ont pu être observées lors de la
différenciation cellulaire ou en présence dapoE dans le milieu de culture.
Cet ajout dapoE est également toxique pour les cellules, différenciées ou
non, et entraîne une rétraction des neurites mais aussi une baisse de la
synthèse dapoE par les cellules. Cependant, cette lignée cellulaire a des
caractéristiques plus proches des neurones du système nerveux périphérique et
le réseau neuritique est réduit comparé à une culture primaire de neurones.
Nous avons recherché un autre modèle cellulaire dorigine humaine permettant
dobtenir des cellules neuronales proches de cellules post-mitotiques. Nous
avons travaillé sur la lignée embryonnaire humaine de tératocarcinome NT2,
différentiable par lacide rétinoïque en neurones post-mitotiques ayant des
caractéristiques proches du SNC (Pleasure et al., 1994)
En résumé, lobjectif de notre DEA était tout dabord
détendre létude qui a été faite sur la lignée SKNSH-SY5Y à la lignée des
NT2. Pour ce faire, nous avons tout dabord introduit dans le laboratoire la
culture des cellules NT2 et mis au point le protocole de différenciation.
Puis, nous avons recherché la présence dapoE intracellulaire dans les
cellules et étudié linfluence du degré de différenciation sur cette
expression. Dans un deuxième temps, nous avons étudié leffet de lapoE
exogène sur les cellules puis recherché si lapoE pouvait être internalisée
via des récepteurs. Par conséquent, nous avons déterminé quels récepteurs de
lapoE pouvaient exprimer les cellules NT2.