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Aluminium

L'aluminium serait un facteur de risque pour la maladie d'Alzheimer (MA). Il induirait la formation de filaments anormaux dans les cellules nerveuses, il serait neurotoxique comme le montrent les expérimentations et les enquêtes épidémiologiques, ........

En fait, l'histoire a commencé par un malentendu, généreusement entretenu par quelques scientifiques obstinés et par les médias.

1) Il est vrai qu'il y a peut-être des sels d'aluminium dans les lésions cérébrales de la MA

( POUR: les travaux de Dan Perl et Mc Laghlan; CONTRE:ABSENCE OF ALUMINIUM IN NEUROFIBRILLARY TANGLES IN ALZHEIMERS DISEASE Source Neuroscience Letters. 240(3):123-126, 1998 Jan 16), mais ces dépôts d'alumino-silicates sont-ils une cause ou une conséquence? Sont-ils les seuls dépôts des vestiges des neurones en dégénérescence ?

2) Pour analyser la neurotoxicité de l'aluminium, l'équipe de Wisniewski a injecté des sels d'aluminium dans le cerveau de lapins. Il a pu induire une dégénérescence avec une accumulation de filaments dans les cellules nerveuses.

C'était à un moment où la biochimie des PHFs, les filaments spécifiques de la MA, était inconnue. Nous savons que le constituant de base des PHFs sont les protéines Tau.

Or, la DNF résultant de l'injection d'aluminium (en quantités extrêmement importantes) correspond à une agrégation de neurofilaments, filaments normaux des neurones, qui n'ont rien à voir avec la DNF de type Alzheimer. Les constituants de base des neurofilaments sont un triplet de protéines (NF200, NF150 et NF70). Il n'y a que peu de similitudes entre les protéines tau et les protéines de neurofilaments: la structure primaire est différente, mais toutes sont des phosphoprotéines impliquées dans l'organisation du cytosquelette. Les protéines tau stabilisent les microtubules (MT). MT, NF et filaments d'actine sont les trois types de filaments du cytosquelette.

Ensuite, il y a eu d'autres arguments avancés:

- 3) les hémodialysés (avec des sels d'aluminium) qui faisaient des démences,

la démence n'est pas de type Alzheimer. Il s'agit certainement d'un déséquilibre ionique. L'examen des cerveaux de patients ayant été traités par l'hémodyalise avec sels d'aluminium ne permet pas d'observer plus de lésions Alzheimer que chez les témoins (Reusche et al, Acta Neuropathol, 2001, 101:211-216)

- 4) certaines enquêtes épidémiologiques montrent l'augmentation de l'incidence de la maladie d'Alzheimer dans les régions où il y a de l'eau plus riche en aluminium

les résultats sont à analyser avec un peu de recul, surtout quand on sait que le diagnostic clinique de MA comporte au moins 20% d'erreur. Pour affirmer cela, il faut avoir la garantie qu'il n'y a pas de biais de recrutement, et que le diagnostic soit vérifié neuropathologiquement (diagnostic de certitude, jamais pratiqué). Il vaut mieux parler de démences (en général) et poser le problème ainsi: l'aluminium peut-t-il induire une augmentation des démences?

L'enquête épidémiologique Paquid observe un nombre plus élevé de démences dans quelques villages de Dordogne où les eaux de conduite sont particulièrement riches en sels d'aluminium. A suivre...car il faudrait valider ces résultats par une étude plus complète

A noter que plus de 95% de l'absorption des sels d'aluminium provient des aliments, et en particulier des légumes.

A noter également que l'assimilation de l'aluminium des eaux de boisson est faible (Yokel et al, Toxicology, 2001, 161:93-101).

5) les modèles cellulaires.

La culture in vitro de cellules en présence de sels d'aluminium provoque une dégénérescence.

Il s'agit d'une dégénérescence non-Alzheimer, car il n'y a pas de formation de protéines tau pathologiques, anormalement phosphorylées ou anormalement agrégées (voir les lésions de la MA). De plus, les quantités de sels d'aluminium ajoutées dans le milieu de culture sont massives, et sont loin d'être dans des conditions physiologiques.

A noter que chaque type de sel d'aluminium peut avoir un effet spécifique.


Au total, l'approche est complexe, et explique l'absence de réponse nette. Cependant un rapport récent de l'Afssa, fait par une équipe de 40 chercheurs, indique qu'il n'y a aucune démonstration que ce métal soit impliqué comme facteur de risque tant au niveau de la maladie d'Alzheimer que de la santé en général (dans les conditions normales d'absorptions des eaux de boissons et aliments).

Afssa, Invs, Afssaps . Afssa. E valuation des risques sanitaires liés à l'exposition de la population française à l'aluminium -Eaux, aliments, produits de santé. 190 pages . ( http://www.afssa.fr/actualites/index.asp?id_theme=1086&id_info=5395 ;

 

On peut répondre partiellement à certaines questions:

L'aluminium est-il neurotoxique?

Tout excès peut nuire. Ceci est vrai pour l'aluminium, dont certains sels ont des propriétés neurotoxiques.

Ceci est également vrai pour l'oxygène, le calcium, le fer, l'eau, le sucre, les lipides, qui en excès peuvent altérer les tissus.

La neurotoxicité des sels d'aluminium n'a rien à voir avec celle des sels de mercure ou de plomb qui sont beaucoup plus toxiques. Pour autant, elle n'est pas à négliger.

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L'aluminium peut-il influencer l'expression d'une démence?

L'aluminium en excès, et sous une forme ayant des propriétés neurotoxiques, peut accélérer l'expression d'une démence sous-jacente, ou en cours de développement.

Ceci est vrai pour l'aluminium comme pour tout autre produit qui aurait des propriétés neurotoxiques potentielles.

Qu'apportent les modèles expérimentaux?

Ils permettent de quantifier l'effet neurotoxique des différents sels d'aluminium. Ces modèles sont des cultures cellulaires ou des  animaux de laboratoire, qui sont mis en présence de sels d'aluminium, sous différentes formes. Tous ces modèles démontrent que l'effet neurotoxique des sels d'aluminium n'est pas de type "Alzheimer". Les conditions expérimentales utilisées n'ont généralement rien à voir avec les doses physiologiques rencontrées.


CONCLUSION

Il n'y a aucun argument solide pour classer l'aluminium comme facteur de risque majeur de la maladie d'Alzheimer (voir rapport Afssa).

La maladie d'Alzheimer est une pathologie qui est maintenant relativement bien connue. Les dysfonctionnements à l'origine de cette pathologie ont été caractérisés. Ils sont décrits dans ce site. Cependant tous les facteurs environnementaux peuvent peser, plus ou moins, sur la pathologie, dans un sens favorable (neuroprotecteur) ou dans un sens défavorable (neurotoxique, neurodégénératif).

L'aluminium à haute dose pourrait faire partie de ces "micro-facteurs" de risque, comme de nombreux autres constituants alimentaires ou de notre hygiène de vie. La littérature actuelle semble plutôt impliquer d'autres métaux tels que le Zinc ou le cuivre. Mais même à ce niveau, il s'agit de rester très prudent par les données scientifiques venant de modèles expérimentaux relativement peu pertinents.

Au total, et dans ce climat d'incertitude, il est légitime de combattre les excès de sels d'aluminium dans les aliments, ou dans les médicaments. L'OMS a défini les seuils admissibles.

Pour autant, la psychose de la casserole en aluminium ne semble pas justifiée. Mais on évitera de mettre des aliments acides dans des casseroles non protégées par un revêtement.

Page web mise à jour le 07/11/2003