La démence à grains argyrophiles (Argyrophilic Grain Disease
ou AGD) a été décrite en 1987, observée chez
8 patients atteints de démence dapparition tardive60.
Cliniquement, lâge dapparition, la durée dévolution,
les premiers signes cliniques puis latteinte cognitive nont
pas de réelle spécificité et évoquent tantôt
une maladie dAlzheimer, tantôt une maladie de Pick lorsque
la maladie débute par des troubles de la personnalité et
du comportement, voire une paralysie supranucléaire progressive358.
Dans deux des 28 cas rapportés par Braak et Braak, il existait
un syndrome parkinsonien61.
La fréquence de lAGD pourrait être élevée
: 4 à 5% des patients déments âgés de plus
de 60 ans, 11,7% après 65 ans356. Cette démence est caractérisée
par la présence de grains et dinclusions fusiformes, colorés
par les imprégnations argentiques, en particulier par la méthode
de Gallyas, situés dans les prolongements nerveux. Ces grains ne
seraient pas retrouvés dans les prélèvements cérébraux
des patients contrôles de même âge selon Braak61. Cependant,
dans une série de prélèvements cérébraux
issus dhommes âgés de 76 à 94 ans, 20 sur 128
comportaient des grains ; 11 parmi ces 20 hommes nétaient
pas déments et seuls deux patients répondaient aux critères
de démence à grains argyrophiles pure (les 7 autres ayant
des lésions dorigine vasculaire associées)355.
Récemment, la fréquence de grains argyrophiles a été
établie à 4,9% dans une série de 304 cerveaux prélevés
chez des patients déments 522. Aucun de ces
patients navait moins de 65 ans. Les grains argyrophiles étaient
isolés dans 4 cas sur 15, les autres patients ayant une association
de grains argyrophiles et de lésions de maladie dAlzheimer,
de maladie des corps de Lewy, de sclérose hippocampique ou de PSP.
Sur les colorations argentiques, les grains sassocient
parfois mais pas obligatoirement à dautres lésions
argyrophiles, les « coiled bodies » (correspondant à
des inclusions oligodendrogliales), ainsi quà des dégénérescences
neurofibrillaires et à des plaques neuritiques 61,
261. De ce fait, les cas dAGD seraient plus facilement identifiés
chez des patients ayant des lésions neurofibrillaires de type Alzheimer
de stade inférieur ou égal à III selon la classification
de Braak356. Les grains ne sont pas présents dans la totalité
des aires cérébrales : ils affectent principalement les
couches pre-a (II) et pre-b (III) du cortex entorhinal, le cortex périrhinal,
le secteur CA1 de la couche des cellules pyramidales de lhippocampe
lamygdale basolatérale, la partie antérieure de linsula,
la portion tubérale latérale de lhypothalamus et la
couche III de lisocortex temporal médiobasal, dans une moindre
mesure la substance grise périaqueducale, le raphe antérieur,
le locus ceruleus et le noyau dorsal du nerf vague. En labsence
dautre cause de démence, la partie postérieure de
CA1 serait peu atteinte chez les patients non déments, elle serait
sévèrement touchée chez les patients déments524.
La densité des grains dans la partie antérieure de CA1 et
dans les autres zones de la région hippocampique serait plus élevée
chez les patients déments. La présence de neurones ballonisés,
immunoréactifs pour laB-cristalline, protéine partiellement
homologue aux protéines de choc thermique de type hsp 20-30, serait
constante dans lamygdale, les régions et paralimbiques526.
Les neurones ballonisés et les « coiled bodies » ne
seraient pas spécifiques de lAGD522.
Dans les prélèvements de cerveau de patients atteints dAGD,
les grains prédomineraient dans le compartiment dendritique des
neurones lésés261. Ils correspondent en microscopie électronique
à des agrégats de filaments droits de 9 à 18 nm de
diamètre267, ou à des faisceaux de tubules de 25 nm de diamètre,
mais sans PHF261. Ces différentes inclusions sont majoritairement
constituées de protéines Tau hyperphosphorylées525.
Les anticorps anti-protéine Tau ont également mis en évidence,
dans lamygdale et le cortex entorhinal de patients atteints dAGD,
une immunoréactivité diffuse sans formation dagrégats
argyrophiles58. Ces protéines Tau sont accumulées dans le
cytoplasme dastrocytes. Limmunoréactivité est
différente de celle des plaques astrocytiques décrites dans
la dégénérescence corticobasale et des « tufted
astrocytes » de la PSP : le cytoplasme est diffusément marqué
dans lAGD, contrairement à la DCB et à la PSP où
seule lextrémité des ramifications astrocytaires est
immunoréactive.
LAGD se distingue nettement du point de vue neuropathologique de
la maladie dAlzheimer par la faible abondance des dégénérescences
neurofibrillaires, correspondant à un stade entorhinal ou limbique
débutant (nexcédant pas un score de 1 à 3 sur
6 selon la classification de Braak et Braak), par conséquent insuffisantes
pour relier la perte cognitive à une maladie dAlzheimer,
et à la faible abondance des dépôts damyloïde
b, diffus plutôt que focaux, absents dans 27% des cas
62, 527.
Le profil électrophorétique des protéines Tau présentes
dans le cerveau de patients atteints dAGD a été décrit
comme identique à celui de la maladie dAlzheimer. Des grains
argyrophiles ont été plus mis en évidence dans la
PSP, la DCB, et la maladie de Pick356, ainsi que
dans une synucléinopathie, latrophie multisystémique562.
Il est récemment apparu que lAGD, la PSP et la DCB ont des
points communs originaux du point de vue neuropathologique et biochimique,
par exemple une densité élevée de grains argyrophiles
et de lésions neurofibrillaires dans le noyau subthalamique361.
Dans ces trois maladies, le profil électrophorétique des
protéines Tau serait le même, sous forme dun doublet,
avant déphosphorylation et de trois isoformes comportant quatre
répétitions, après déphosphorylation523.
La fréquence de lhaplotype H1/H1 parmi les patients atteints
dAGD serait plus élevée que dans la population générale,
mais, contrairement à la PSP et la DCB, une différence significative
na pas encore été établie 523.
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