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23/11/07

 

POURQUOI LES PRÉLÈVEMENTS MÉDICO-

SCIENTIFIQUES SONT-ILS

NÉCESSAIRES POUR LES MALADIES DU CERVEAU

ET NOTAMMENT POUR LA MALADIE D'ALZHEIMER

ET LES AFFECTIONS APPARENTÉES.

Florence Pasquier, Florence Lebert, André Delacourte

CHU de Lille, INSERM U 422

Janvier 1999.

Règles éthiques et pratiques d’une décision d’autopsie

Florence Pasquier

CMRR, EA 2691
CHRU - Lille

 

Conférence présentée à St Etienne le 23 Novembre 2005, à l'occasion du congrès francophone sur la maladie d'Alzheimer

Bientôt sur cet écran!

Apport des autopsies pour la mise au point de stratégies thérapeutiques


CONTEXTE

LA DEMANDE DES FAMILLES

LA DEMANDE DES MEDECINS

LA DEMANDE DES CHERCHEURS

MESURES LEGALES ET ADMINISTRATIVES


Contexte :

- Le diagnostic " de certitude " des maladies neurodégénératives n'est possible qu'après une analyse histologique et biochimique du tissu cérébral. Le prélèvement post-mortem du cerveau est donc obligatoire pour valider le diagnostic clinique. Cette approche se fait dans le cadre précis de critères établis par des comités scientifiques et médicaux internationaux.

-Au CHU de Lille, les patients et leurs familles, suivis au Centre de la Mémoire, sont informés des possibilités de confirmation diagnostique après le décès. Cette information est donnée au cours du suivi, quand le diagnostic clinique est posé. Elle est présentée avec toutes les explications et les précautions nécessaires. Elle n'entraîne jamais de réactions négatives, d'autant que les patients sont suivis et soignés quel que soit le stade de leur maladie. Cette démarche est rendue possible par la collaboration de tous les autres spécialistes qui interviennent dans le centre et surtout avec celle des médecins généralistes. Il serait bien entendu inacceptable qu'un médecin spécialiste, qui n'aurait rencontré qu'une seule fois le patient et ne le suivrait pas, fasse la proposition d'une autopsie au moment du décès alors que la famille n'a pas été préparée à cette éventualité. Il est encore plus inacceptable de faire cette proposition au moment de la démarche diagnostique sans qu'elle ne soit associée à l'explication de toutes les mesures prises pour suivre et aider le patient.

-Au moment du décès, la famille a évidemment d'autres soucis que celui du prélèvement. Le médecin qui constate le décès rappelle cette possibilité uniquement s'il a la certitude que cette question avait été abordée au cours du suivi du patient. La simplicité et la rapidité des démarches à effectuer alors sont une marque de respect et une question d'éthique. On peut facilement imaginer la frustration des familles lorsque le prélèvement n'est pas réalisé pour un empêchement de dernière minute alors que la question de l'autopsie avait été soulevée, la réponse, souvent après mûre réflexion, avait été positive et que les modalités en avaient été prévues jusque dans les détails souvent pénibles.

- Le prélèvement fait, le médecin qui a suivi le patient reste en contact avec la famille du patient. Les résultats doivent être donnés le plus vite possible : il arrive en effet souvent que ce soit le diagnostic anatomique qui laisse la famille entamer un véritable travail de deuil. Le médecin doit ensuite se tenir à la disposition de la famille pour toute information nouvelle concernant l'affection dont souffrait le patient.

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MESURES LEGALES ET ADMINISTRATIVES


Trois types d'arguments nous ont poussés à mettre en place ce réseau :

I. La demande des familles

-La maladie d'Alzheimer, comme les autres affections cognitives dégénératives, n'a pas de marqueur formel. Le diagnostic de certitude repose sur l'association d'un syndrome clinique et d'un syndrome histopathologique. Les membres de la famille, qui ont suivi le déclin cognitif du patient, réclament une explication. L'examen neuropathologique permet d'éclairer le mécanisme des troubles (ils sont bien "organiques") et de fournir, de façon documentée, un diagnostic.

- Ce diagnostic n'a pas qu'une importance théorique. Les proches ont, en effet, l'appréhension d'être un jour affligé de la même affection, surtout si plusieurs cas ont été observés autour d'eux. Certaines maladies ont un risque génétique comme la dégénérescence fronto-temporale sans signe histologique distinctif; d'autres sont toujours sporadiques comme par exemple la maladie de Pick : ces 2 maladies ne peuvent être distinguées cliniquement.

-D'un point de vue plus général, nous pensons aussi que la famille a le droit de savoir si l'équipe médicale a porté le bon diagnostic et appliqué les meilleurs soins au patient, conformes à l'état actuel de la science. Il s'agit d'un souci de transparence et de qualité de soins auxquels chacun a droit.


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II. La demande des médecins :

-La vérification autopsique relève, en neurologie comme dans toutes les autres disciplines médicales, du souci de contrôle de la qualité du diagnostic. Mais l'examen histopathologique a dans notre discipline une importance peut-être plus grande encore. Il faut en effet insister sur le fait que la maladie d'Alzheimer, comme les autres affections cognitives dégénératives, n'a pas de marqueur biologique formel. Le diagnostic de certitude repose sur l'association d'un syndrome clinique et d'un syndrome neuropathologique. L'autopsie est donc aujourd'hui nécessaire car la biopsie n'est pas éthique. Dans les affections qui nous occupent, aucun traitement n'est en effet aujourd'hui véritablement étiologique. Un acte traumatisant, comme la biopsie, sans effet bénéfique immédiat ne peut donc être justifié.

-Il est véritablement urgent de progresser dans le diagnostic clinique des démences. Dans le cas de la maladie d'Alzheimer, sans doute la mieux connue, les erreurs atteignent 10 à 20 %. Elles sont plus fréquentes encore dans les autres démences, atteignant 30% (Galasko et al, 1994) lorsque la maladie d'Alzheimer est associée à une pathologie cérébrovasculaire. Les principales erreurs relèvent de la démence avec corps de Lewy. Le traitement et le pronostic de ces affections sont bien différents.

-Les équipes multidisciplinaires actuelles, associant des compétences en neurologie, neuropsychologie, psychiatrie, gériatrie permettent de collecter des observations cliniques de plus en plus détaillées, portant sur des durées de plus en plus longues. La qualité des symptômes est un élément certainement important dans le diagnostic étiologique des démences mais l'observation clinique ne peut être validée que par l'étude anatomopathologique.

-En Amérique du Nord, au Royaume Uni, en Hollande, le don du cerveau est un concept bien compris dans la population. Les progrès viennent de ces pays, où les autopsies sont couramment réalisées (jusqu'à 90% des cas, ex: étude OPTIMA à Oxford). La clinique neurologique Française aussi réputée soit elle, ne peut plus prétendre à une audience internationale du fait de l'absence actuelle de corrélations clinicopathologiques.

-Les progrès de la recherche thérapeutique ont été considérables ces dernières années. Il ne fait guère de doute que de nouveaux médicaments vont être proposés rapidement. Ils devront être administrés à des patients encore peu déficitaires. Juger de leur efficacité dans des affections qui évoluent sur des décennies sera particulièrement délicat, l'expression des lésions cérébrales variant beaucoup en fonction du niveau socioculturel, de la psychologie ou des troubles de l'humeur. Les analyses histologiques et les confrontations clinicopathologiques s'avéreront nécessaires à grande échelle, avec, bien entendu, l'assentiment des patients et de leurs familles.


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III La demande des chercheurs

Aucun progrès n'est possible dans la compréhension, le démembrement, le traitement des démences sans prélèvement cérébral. L'approche doit être multidisciplinaire, de l'observation clinique détaillée à l'analyse moléculaire (analyse du tissu cérébral pour les formes sporadiques qui représentent 99% des cas de maladie d'Alzheimer ; analyse du génome et du tissu cérébral pour les formes familiales).

Les importants progrès effectués dans la compréhension de la maladie d'Alzheimer ont eu pour point de départ le tissu pathologique lui-même : isolement du peptide Ab à partir de l'amyloïde, séquençage de la protéine et isolement de mutations; découverte du rôle pathogénique de la protéine tau.

Des progrès similaires concernent aujourd'hui les démences fronto-temporales. Ils ont abouti il y a quelques semaines à l'isolement de mutations sur le gène de la protéine tau, gène porté par le chromosome 17. Malheureusement, la France est aujourd'hui exclue de facto de cette recherche, du fait de l'absence actuelle de vérifications autopsiques.

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MESURES LEGALES ET ADMINISTRATIVES

 

Mesures légales et administratives

Le corps peut être transporté à visage découvert dans les 24 première heures qui suivent le décès. Les soins de conservation permettent de repousser le délai à 48 heures, mais ces mesures de conservation rendent impossibles certaines analyses.

Si le décès a lieu en semaine, le corps est conduit par une entreprise de pompes funèbres dans le laboratoire de neuropathologie, prélevé, puis reconduit dans le lieu souhaité par la famille (domicile, salon funéraire,...) dans les 24 heures, donc à visage découvert.

Si le décès a lieu en dehors des heures ouvrables, il est toujours possible de transporter le corps à visage découvert, mais, exceptionnellement, en cas d'indisponibilité du neuropathologiste et en fonction du délai, il est possible que le corps ne puisse être reconduit à domicile à visage découvert et que le mise en bière doive se faire à l'hôpital. La famille serait prévenue de cette éventualité, très rare, avant le transfert du corps.

Le prélèvement cérébral, qui dure moins d'une heure, ne dégrade pas le corps : il est insoupçonnable car la cicatrice du prélèvement se trouve dans les cheveux et un soin particulier est porté à la présentation du corps. Il est gratuit pour la famille, tout comme le transport.

Le Centre de la mémoire de Lille est Bailleul est organisé pour recevoir les corps des patients suivis par le réseau régional des centres de la mémoire du Nord Pas de Calais. Il est possible de joindre un neurologue au courant des procédures au 03 20 44 59 62 Bip 351.

Le médecin appelé auprès du patient pour constater le décès peut joindre ce bip 24h/24, tous les jours de l'année. Il doit signer le constat de décès. Dans la journée, une entreprise de pompes funèbres est appelée : c'est elle qui fait les démarches administratives pour transporter le corps (bracelet d'identification obtenu en mairie, ou au commissariat en dehors des heures d'ouvertures). La nuit, mieux vaut attendre le matin 8h car le corps ne sera pas transporté la nuit. Le registre de non refus des greffes et des prélèvements est consulté par l'administration du CHRU avant le prélèvement.

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