Tmoignages
Mon mari alors g de 51 ans a perdu progressivement le got pour son
travail. Il tait agent commercial dans une grande entreprise de construction
automobile franaise. Je me souviens quĠil ne parlait dĠabord plus de ses
visites et ses dmarches au prt des clients, prtextant quĠil avait assez
entendu parler dĠeux toute la journe. Cela ne me paru pas anormal cette
poque. Progressivement je me rjouissais, mais je mĠtonnais quĠil puisse
rentrer plus tt de son travail surtout que la priode commerciale tait un peu
difficile. Il me rassura en me disant quĠils taient 2 maintenant sur la
fonction avec des rpartitions diffrentes et quĠil pouvait travailler le soir
sur internet pour la prparation des offres pour le lendemain.
Il passait en effet beaucoup de temps sur internet et me donnait peu de
dtails. A plusieurs reprises, il demanda conseil notre fils an, posant
parfois plusieurs fois les mmes questions. Je fus tonne de trouver mon mari
un soir sur un site de casino, il nĠavait jamais montr dĠintrt pour les
jeux. A lĠoccasion dĠune fin dĠanne, je rencontra certains de ses collgues de
travail et un chercha me parler car il trouvait que mon mari avait beaucoup
chang, je fus surprise et je fis alors beaucoup plus attention son
comportement. Lui qui payait toujours trs vite ses factures, il du cette
priode payer une amende pour la facture de lĠEDF. Il voulut alors tout
mensualiser. En fin dĠanne, il prsenta un accident de voiture ayant manqu
une priorit droite, je fus vraiment inquite, je fis la demande dĠune
consultation chez son mdecin. Aprs un bref examen, notre mdecin conclu un
surmenage et nous interrogea mme sur lĠtat de notre couple, il lui prescrit
du magnsium en esprant me rassurer. Je pris vraiment peur lorsquĠil oublia de
souhaiter lĠanniversaire notre
fils. Mais il fallut encore 2 annes pour quĠun spcialiste nous confirme quĠil
sĠagissait dĠune maladie dĠAlzheimer.
Mon pouse ge de 45 ans tait encore il y a 2 ans secrtaire universitaire.
Au dbut je ne mĠaperus de rien, mais en y repensant certaines choses avaient
chang dans son comportement 18 mois avant que je prenne conscience quĠelle
devait avoir un problme. DĠabord elle se mit dpenser beaucoup plus
dĠargent, elle prit le got pour les achats par correspondance, ce quĠelle
nĠavait jamais fait. Elle achetait surtout des vtements, mais trangement ne
les portait pas, parfois mme elle ne les sortait pas du carton. Je voyais les
boites sĠentasser sur le dessus de lĠarmoire. DĠautre part, elle perdit le got
de faire manger, bien que nous tions maintenant quĠ 2, notre fille ayant
quitt la maison, elle trouvait toujours une bonne raison pour me dire quĠelle
nĠavait pas eu le temps et cela ne lui ressemblait pas du tout. Et puis un jour
je dcouvris quĠavec lĠargent des courses, elle achetait surtout des apritifs,
elle qui les dtestait suite la maladie alcoolique de son pre. Je crus
quĠelle tait en fait touche par la mme maladie, par hrdit. Elle refusa de
consulter un service dĠalcoologie, les choses se dgradrent et elle commena
avoir des problmes de mmoire. Un jour, sa sÏur en souriant me dit
Ç jĠespre quĠelle ne nous commence pas une maladie dĠAlzheimer È.
Cette remarque ne me quitta plus et je pris contact avec lĠantenne de ma rgion
de France Alzheimer ce qui me conduisit un centre mmoire o le diagnostic, 6
mois aprs, de dgnrescence frontotemporale fut port.
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Entretien avec
Guillaume, g de 20 ans au dcs de son pre atteint de dgnrescence frontotemporale
dans une forme smantique |
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Trois ans aprs le dcs de son pre, Guillaume
s'exprime sur ces douloureuses annes -Quel est l'aspect qui durant toutes ces annes a t
le plus difficile supporter pour vous ? G : L'attitude des gens vis vis de la maladie.
Ils ne comprenaient pas parce qu'ils n'taient pas informs. Au dbut des
annes 90, on disait qu'ils taient Ç fous È et force de
l'entendre, surtout quand on a 12-13 ans, on finit vraiment par se demander
ce qu'il se passe -Y a t il eu de la violence chez vous ? comment
voyez vous les choses maintenant distance ? G : Oui, distance, je regrette mes emportements
et mes gestes violents l'gard de quelqu'un de malade. Il faut vraiment se
rendre compte qu'on a quelqu'un de malade face soi, comme quelqu'un qui a
un cancer ou une tout autre maladie chronique et qu'on ne doit pas le frapper -Votre pre est rest votre domicile durant presque
toute sa maladie, mais la plupart ont besoin d'un lieu de soins, en raison de
la difficult des troubles du comportement. Lorsque c'est le cas, il est
frquent que les enfants des malades jeunes aient du mal venir voir leur
parent malade mme s'il reste hospitalis plusieurs annes, comprenez vous
cette rsistance, pouvez vous l'expliquer ? G : Oui, les jeunes refusent de voir la maladie en
face. Je pense que c'est au moment du dcs qu'on se rend compte, mais alors
c'est trop tard -Avez vous des regrets, avez des conseils donner
des jeunes qui sont dans votre situation d'autrefois ? G : Oui, je regrette normment de choses. D'abord
d'avoir eu honte de mon pre au dbut de sa maladie, puis d'avoir pris mes
distances comme pour mieux renier la maladie. Mes conseils sont peut tre un
peu radicaux, mais je recommanderais de se dire chaque jour que c'est le
dernier jour, chaque jour qu'on le voit, chaque jour qu'on l'abandonne -Arrivez vous en parler aujourd'hui avec vos
amis ? G : Oui, bien sur, de manire trs brve avec des
mots simples. J'en parle maintenant, car je sais que les gens comprennent
maintenant et seulement maintenant. Je n'en parle qu'avec les personnes
capables de comprendre. En fait, je parle plus de mon pre comme le pre en
bonne sant que j'ai connu car c'est comme cela que je voudrais qu'on s'en souvienne.
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