La première description de maladie neurodégénérative
familiale caractérisée par une DFT atypique (de type maladie
de Pick) date de 1939456, 464. Dans cette famille,
depuis lors très bien suivie (famille HFTD-2), la maladie coségrégue
avec un marqueur situé en 17q21-22, correspondant au gène
tau232. Lassociation syndromique FTDP-17 est
reconnue depuis quune conférence de consensus tenue à
Ann Arbor, Michigan, en 1996, a intégré les données
cliniques et génétiques de 13 familles dont les membres
souffraient de maladies neurologiques familiales de transmission autosomique
dominante, liées à un locus situé en 17q21-22169.
Cliniquement les cas se caractérisaient par une démence
frontotemporale et inconstamment un syndrome parkinsonien mais avaient
été initialement reliés à des formes familiales
de maladie de Pick, de gliose sous-corticale progressive, de maladie de
Parkinson avec démence et dégénérescence ponto-pallido-nigrale
ou datrophie multisystémique avec démence. Des patients
de quatre de ces familles ayant été autopsiés, des
lésions neurofibrillaires et une accumulation de protéines
Tau avaient été identifiées et cest dailleurs
de lobservation dune famille de ce type que dérive
le terme « tauopathie »485. Des mutations
de tau furent ensuite individualisées dans 10 des 13 familles ayant
fait lobjet de la conférence de consensus254,
431, 487. Des cas de FTP-17 ont été rapportés
dans le monde entier, certaines avec effet fondateur (par exemple une
origine tchèque pour les cas de FTDP-17 liée à la
mutation V337M de Seattle), dautres sans aucun effet fondateur malgré
une répartition mondiale (N279K par exemple)535.
Cliniquement, à la phase détat, sassocient deux
atteintes au moins parmi : déficit cognitif, troubles du comportement
et troubles moteurs, en général un syndrome parkinsonien.
Selon la conférence de consensus clinique de 1997169,
une FTDP17 doit être évoquée dans cette situation
si :
1) les premiers signes sont précoces, entre 20 et 50 ans mais lévolution
peut se prolonger au delà de 20ans, en particulier dans les cas
avec mutation de lintron suivant lexon 10.
2) les troubles neuropsychologiques associent troubles de la personnalité
(desinhibition, apathie, négligence de soi, conduites addictives,
agressivité) et/ou troubles du comportement et/ou démence
frontotemporale, préservant en début dévolution
la mémoire et lorientation temporospatiale.
3) le syndrome parkinsonien est atypique, peu trémulant et peu
ou non amélioré par la dopa thérapie, parfois accompagné
dune dystonie, de chutes ou de paralysie de la verticalité
du regard.
4) le langage est précocement atteint (perte de fluence puis écholalie,
palilalie, persévérations).
5) des convulsions pharmacorésistantes apparaissent au cours de
lévolution.
6) il existe des antécédents familiaux évoquant une
transmission de mode autosomique dominant.
Latteinte clinique est hétérogène non seulement
entre familles atteintes de mutations différentes, entre familles
atteintes dune même mutation, mais aussi au sein dune
même famille. Deux groupes pourraient se distinguer du pont de vue
clinique, lun associé à une démence prééminente
et lautre à un syndrome parkinsonien dominant. Dans le premier
groupe seraient surtout retrouvées des mutations exoniques nimpliquant
pas lépissage de lexon 10, alors que le second compterait
surtout des familles ayant une mutation intronique ou exonique impliquant
lépissage de lexon 10 aboutissant à des agrégats
de Tau de type 4R182.
Létude neuropathologique est pauvre du point de vue macroscopique
: les hémisphères sont atrophiés modérément
en dehors de cas dévolution très prolongée.
Dans ce cas, latrophie prédomine sur la partie antérieure
des lobes frontaux (F1 F2 F3) et sur les lobes temporaux. (T1 T2 T3).
Dans une moindre mesure sont atteints les régions orbitaire, cingulaire,
insulaire et parahippocampique. A la coupe, le noyau caudé est
souvent atrophié, la substance noire et le locus ceruleus sont
le plus souvent dépigmentés.
En revanche, lhistologie démontre des lésions étendues
neuronales et gliales, tant dans le cerveau, le cervelet que le tronc
cérébral et la moelle épinière. Les lésions
sont hétérogènes et associent variablement dégénérescences
neurofibrillaires, corps de Pick, inclusions oligodendrogliales (coiled
bodies), inclusions astrocytaires (tufted astrocytes), plaques astrocytaires.
Ces lésions sont immunoréactives vis-à-vis danticorps
dirigés contre lubiquitine et contre les résidus phosphorylés
thréonine 181, 212, 231 et sérine 202, 214, 262, 356, 396,
404, 409, 422 de Tau. Les corps de Pick des FTDP-17 sont parfois marqués
par lanticorps 12E8, contrairement à ceux de la maladie de
Pick. Labondance et la distribution relatives des agrégats
de protéines Tau marqués par ces anticorps sont corrélées
à certains types de mutations.
La morphologie des agrégats de Tau observés dans les FTDP-17,
démontrés par immunohistochimie, varie en fonction du type
de mutation et résume en partie la fonction essentielle des domaines
de fixation aux microtubules, en particulier du domaine codé par
lexon 10. Ainsi, lorsque la mutation touche lexon 10 (mutations
faux sens de type P301L et N279K) ou les sites dépissage
(mutations silencieuses), les agrégats sont surtout constitués
disoformes de type 4R, lagrégation touche les neurones
et les cellules gliales. Lorsque les mutations nintéressent
ni lexon 10 ni les sites régulant lépissage
de cet exon, les 6 isoformes sont retrouvées et lagrégation
est surtout neuronale. Une seule mutation connue induit un phénotype
clinique, neuropathologique et biochimique de type maladie de Pick (K257T),
mais des inclusions ressemblant à des corps de Pick sont observés
dans le cas dautres mutations, correspondant à des agrégats
disoformes de Tau de type 3R et 4R (KG272V, G389R, S320F, K369I).
Du point de vue biochimique, lorsque les mutations causales connues des
FTDP-17 ont été étudiées in vitro, il est
apparu deux groupes distincts :
- dans le premier groupe de FTDP-17, les propriétés
biochimiques de Tau sont modifiées du fait de la mutation (G272V,
P301L, P301S, K280, V337M, R406W), en réduisant la vitesse de polymérisation
des microtubules et/ou laffinité de liaison aux microtubules.
Les mutations G272V (E9), V337M (E12), et R406W (E13) touchent des exons
toujours exprimés dans les transcrits, si bien que les isoformes
3R et 4R sont également traduites dans les FTDP correspondantes.
Dans des modèles in vitro, P301L et K280 induisent lauto-agrégation
des protéines Tau42, 191. Les protéines
recombinantes synthétisées sont hyperphosphorylées
à des sites considérés comme essentiels en pathologie
(thréonine 181, sérines 202/T205, thréonine 231,
sérines 396/S404 pour la mutation V337M), lorsque leur phosphorylation
est induite dans les lignées transfectées128.
- dans le second groupe de FTDP-17, la mutation induit
un déséquilibre quantitatif entre les isoformes de type
3R et 4R (rapport égal à 1 normalement), en modifiant lépissage
de lexon 10. Il sagit de mutations faux sens (N279K, N296H,
S305N), de mutations silencieuses (L284L, N296N), de délétions
( K280 et N296), de mutations de lintron 10 (E10+3, E10+11, E10+12,
E10+13, E10+14, E10+16). Elles élèvent le rapport quantitatif
isoformes 4R/3R à une valeur comprise entre 2 et 3, à lexception
de K280 qui réduit ce rapport à 1/397, 146,
206, 222, 254, 448, 487, 589. La localisation des principales mutations
de tau liées à des cas de FTDP-17 sont représentées
sur la figure 10.
1.4.2.1 - Mutations intéressant lexon 1
R5H228
Cette mutation induit histologiquement une perte
neuronale et une gliose des lobes frontal et temporal, de la région
hippocampique et de la substance noire. Les agrégats de Tau sont
surtout intra gliaux et évoquent en microscopie électroniqe
des tubules droits de type PSP. Ceci est cohérent avec le profil
électrophorétique de type 4R prédominant. Cette mutation
diminue lassemblage des microtubules et accélère la
fibrillogénèse de Tau in vitro.
R5L432
De phénotype clinique proche de la PSP, cette
mutation se caractérise par des lésions dont la répartition
diffère de celle de la mutation R5H : la perte neuronale et la
gliose astrocytaire intéressent principalement le noyau dentelé,
la substance noire et le locus ceruleus. Contrairement aux patients touchés
par la mutation R5H, dans la mutation R5L les DNF sont abondantes, situées
dans le pallidum, le noyau de Luys, le thalamus, le locus niger, le locus
coeruleus et la protubérance. Les protéines Tau agrégées
sont majoritairement de type 0N4R et 1N4R, minoritairement 1N3R dans le
cortex. Un gain de fonction serait probable dans ce type de mutation.
1.4.2.2 - Mutations intéressant lexon 9
Trois mutations sont associées à un phénotype de
type maladie de Pick, une quatrième na pas encore fait lobjet
dune description neuropathologique. Les études neuropathologiques
rapportent
une perte neuronale dans le cortex frontal et temporal, le noyau caudé,
le putamen et le locus niger. Des corps de Pick sont démontrés
dans les mêmes zones et lhippocampe.
K257T447
Limmuno-empreinte démontre un doublet
disoformes de Tau de 60 et 64 kDa ainsi que deux bandes mineures
de 68 et 72 kDa. Après déphosphorylation, 6 bandes correspondant
à des isoformes 3R et 4R sont retrouvées, avec une prépondérance
disoformes 3R. In vitro, les protéines Tau recombinantes
comportant cette substitution K257T ont une capacité réduite
de promouvoir lassemblage des microtubules et accélèrent
la formation de fibrilles de Tau 3R induite par lhéparine.
L266V296
Dans le cerveau de patients atteints de FTDP-17 secondaire
à cette mutations, ont été retrouvées des
inclusions argyrophiles astrocytaires, correspondant à des agrégats
disoformes 3R et 4R. Les protéines Tau recombinantes incluant
la substitution K257T et L266V ont des propriétés similaires
in vitro.
G272V254, 486
Cette mutation touche lune des premières
familles connues atteintes de FTDP-17 (famille HFTD2). Des neurones immunoréactifs
pour Tau, de type pre-tangle ont été observés dans
CA4, des corps de Pick dans CA1, CA2, et le subiculum. Comme dans la maladie
de Pick, les corps de Pick dans ce cas de substitution, ne sont pas marqués
par 12E8. La substitution G272V modifie un résidu très conservé
du domaine de liaison aux microtubules. Du point de vue moléculaire,
les substitutions G272V et P301L (intéressant lexon 10, cf
infra) agissent de façon similaire sur la liaison des protéines
Tau aux microtubules. Dans la substitution P301L, le motif PGGG devient
LGGG ; pour la substitution G272V, il devient PGVG. Cependant, contrairement
à la substitution P301L, la substitution G272V aboutit à
la formation dagrégats de Tau de type 3R et 4R. Chez des
souris transgéniques exprimant les protéines Tau humaines
comportant la mutation G272V (gène sous lempire dun
promoteur du gène de la PrP, dont leffet est de restreindre
lexpression du transgène aux neurones et cellules gliales),
existe une importante agrégation oligodendrogliale de Tau202. Ces
agrégats prennent laspect de rubans torsadés en microscopie
électronique et sont retrouvés dans les neurones et oligodendrocytes
de la corne antérieure de la moelle.
I260V182
Aucune description clinico-pathologique et biochimique
na encore paru.
1.4.2.3 - Mutation intronique proches de lextrémité
3 de lexon 10
Substitution C>T en position 177 en amont de lexon 10: la fréquence
de ce polymorphisme est accrue dans des cas de FTDP-17, les protéines
sont majoritairement des isoformes à 4 répétitions.
Cependant le caractère directement morbide de cette mutation nest
pas évident482.
1.4.2.4 - Mutations intéressant lexon 10
Dix mutations impliquant lexon 10 au moins ont été
décrites dans des cas de FTDP-17.
N279K16, 97, 127, 588 La substitution N279K a été
rapportée dans des familles nord-américaines, européennes,
occidentales et japonaises souffrant de lassociation dune
dégénérescence pallido-ponto-nigrale (ou pallido-nigro-luysienne
dans les cas japonais), dun syndrome parkinsonien et dune
démence frontotemporale. Cette substitution se caractérise
par dabondants agrégats Tau-positifs dans le striatum, le
pallidum, lamygdale, le thalamus, lhypothalamus, les corps
mamillaires, le noyau subthalamique, la substance noire, le locus coeruleus,
les noyaux du raphe, les noyaux des troisième, cinquième
et douzième nerfs crâniens, le noyau olivaire inférieur
et beaucoup plus modérément le noyau dentelé. Les
corps cellulaires des neurones et des cellules gliales dans les couches
II à VI des aires corticales cérébrales sont diffusément
immunoréactifs pour Tau, mais sans aspect fibrillaire. En revanche
les agrégats de Tau sont fibrillaires dans les aires sous corticales.
Cette forme de tauopathie comporte également de très nombreux
coiled bodies. Les neurones moteurs de la corne antérieure de la
moelle et supérieurs sont également touchés, impliquant
une dégénérescence des tractus corticospinaux dans
des cas nord-américains. Biochimiquement, les agrégats de
Tau gliaux et neuronaux sont de type 4R, formant des tubules appariés
de 11 à 12 nm de diamètre. La substitution (AAT > AAG)
porte sur une séquence codant un domaine riche en purines (AAGAAGAAG),
similaire à une séquence consensus « exon splicing
enhancer » et aboutit à la formation de Tau 4R presque exclusivement.
Délétion K280146, 448
Cette délétion K280 a été
découverte chez un patient souffrant dun syndrome parkinsonien
rapidement évolutif, dont le père avait une atteinte similaire
mais sans notion de démence dans la famille. Cette délétion
détruit un « exon splicing enhancer » et aboutit à
la formation de Tau 3R presque exclusivement. La délétion
K280 est située dans la zone de jonction entre deux sites de liaison
aux microtubules KVQIINKKLD débutant au résidu 274. La substitution
ôte soit le second soit le dernier résidu lysine aux positions
280 ou 281.
Par mutagénèse dirigée en K280
et en K281, il a été montré que les protéines
Tau recombinantes avaient une affinité réduite pour les
microtubules dans un rapport de 3,6198. Les protéines
Tau recombinantes de type K280 ont une capacité de promouvoir lassemblage
des microtubules encore plus faible que celle des protéines recombinantes
de type P301L (cf infra).
L284(L)146 Cette mutation en
zone silencieuse a été découverte dans une famille
atteinte dune démence frontotemporale. Cette forme est marquée
par la présence de dépôts amyloïdes chez le seul
patient autopsié dans la famille. Des DNF assez nombreuses ont
été observées dans le neocortex et la région
hippocampique, ainsi que des grains argyrophiles (CA1, subiculum, gyrus
parahippocampique). Limmunomarquage de Tau a retrouvé de
nombreux agrégats fibrillaires intraneuronaux en flamme ou globuleux
(neocortex, amygdale, hippocampe, parahippocampe, locus niger, noyau rouge,
raphe), ainsi que des plaques neuritiques, des neurites dystrophiques,
des inclusions gliales et des grains. LA_ formait principalement
des dépôts diffus et rarement focaux dans ce cas, de distribution
proche dune maladie dAlzheimer évoluée. Cette
transition CTT CTC touche dans lexon 10 un résidu inclus
dans un exon splicing silencer, dont la fonction est abolie
et induirait un excès de synthèse de protéines Tau
de type 4R, pratiquement sans synthèse disoformes 3R. Le
motif UUAG présent dans le gène de tau non muté,
modifié par la mutation, serait un exon splicing silencer
conservé dans de nombreux autres gènes (par exemple dans
lexon3 du gène HIV-I tat).
N296H265La mutation sest traduite dans une famille japonaise par
lassociation DFT-syndrome parkinsonien. Du point de vue neuropathologique,
cette DFT se complétait dune atrophie précentrale
inhabituelle et dune dépigmentation du locus niger. Des anticorps
anti-tau démontraient des coiled bodies et des neurites anormaux
dans la substance blanche, des pretangle dans la plupart des noyaux sous-corticaux
et du tronc cérébral, ainsi que dans la corne antérieure
de la moelle épinière, sans DNF, ni corps de Pick ni plaque
astrocytaire. Les agrégats de Tau dans cette forme sont de type
4R.
N296(N)489 Elle induirait une
démence familiale de type dégénérescence corticobasale
du point de vue clinique. Histologiquement elle se traduit par la présence
de neurones ballonnés achromatiques et dinclusions gliales
de type DCB. Il sagit dune mutation en zone silencieuse, induisant
lépissage de lexon 10, dont le niveau dexpression
est accru et aboutit à une surproduction disoformes de type
4R.
Délétion N296 homozygote412 N296 a
été découverte dans une famille espagnole, chez lun
de deux frères atteints dune forme atypique de PSP et dont
la famille était consanguine. Des formes classiques de maladie
de Parkinson atteignaient deux membres de la famille portant la délétion
à létat hétérozygote.
P301L97, 297, 343Cette mutation induit le phénotype
FTDP-17 le moins rare dit "disinhibition-dementia-parkinsonism-amyotrophy
complex" (DDPAC). Les premiers cas ont été décrits
en Amérique du Nord. Les patients de la première famille
souffraient dune démence frontotemporale avec desinhibition,
troubles du comportement et des conduites alimentaires (alcoolisme, hyperphagie),
syndrome parkinsonien et amyotrophie, débutant en moyenne à
lage de 45 ans (durée dévolution moyenne de
13 ans). Les signes histologiques étaient ceux dune DFT,
avec gliose de lamygdale et de la substance noire, sans DNF. Une
perte des motoneurones de la corne antérieure de la moelle fut
démontrée chez deux des sept patients autopsiés.
Les cas japonais rapportés ensuite prenaient le masque clinico-pathologique
dune maladie de Pick dévolution très lente et
sans corps de Pick. Des souris transgéniques pour la protéine
Tau humaine comportant la substitution P301L développent des troubles
cognitifs et moteurs, avec un effet de dose génique (début
à six mois et demi pour les souris hétérozygotes,
quatre mois et demi pour les homozygotes)319. Des
inclusions neuronales fibrillaires de type DNF et corps de Pick sont observées
chez ces souris dans le cortex cérébral, les noyaux profonds
du cervelet, le tronc cérébral et la moelle épinière.
Les inclusions de souris P301L sont immunoréactives vis-à-vis
danticorps anti-tau phosphodépendants conjointement évocateurs
de limmunophénotype de la maladie dAlzheimer : TG3,
AT100, AT8 et AD199201.
P301S79, 332, 484, 590 Des cas ont été
rapportés en Italie, en Allemagne, au Japon et en Israël.
Lune des premières familles décrites, italienne, comptait
deux patients atteints de DFT pour lun et de DCB pour lautre,
apparues avant 30 ans. Du point de vue neuropathologique, latteinte
était très diffuse et riche en inclusions filamenteuses
neurones, correspondant en biochimie à des agrégats disoformes
de type 4R. La famille allemande rapportée ensuite (1137 C>T)
se caractérisait cliniquement par lassociation DFT-syndrome
parkinsonien-épilepsie. En revanche un cas japonais décrit
ensuite sétait manifesté initialement par un syndrome
parkinsonien juvénile isolé, la DFT napparaissant
quaprès deux ans dévolution. Une famille juive
dorigine algérienne compte trois membres atteints de mutisme
akinétique apparu avant trente ans. Latteinte sest
complétée dune paralysie oculomotrice de type supranucléaire,
dune atteinte frontale et pyramidale. Une biopsie cérébrale
a été pratiquée chez un patient de cette famille,
démontrant des agrégats de protéines Tau non fibrillaires,
neuronaux et gliaux.
Un modèle murin exprime la protéine Tau humaine de type
P301S6. Vers 5-6 mois, ces souris souffrent de paraparésie, tremblement.
Les anticorps anti-tau phosphodépendants et phosphoindépendants
marquent le cytoplasme de très nombreux neurones dans les couches
II, IV et V de lisocortex, lamygdale, le noyau dentelé,
le mésencéphale et la moelle épinière.
S305N257Les patients de la famille japonaise atteinte évoquaient
cliniquement une DFT, le syndrome parkinsonien étant minimal. A
lautopsie, les agrégats de protéines Tau étaient
fibrillaires, sous forme de DNF, de neurites dystrophiques et de coiled
bodies. Les DNF formaient surtout des anneaux périnucléaires,
se retrouvaient dans les aires corticales frontales, temporales (isocortex
et gyrus denté), insulaires et post-centrales et formaient des
filaments droits en ultrastructure. La substance blanche sous corticale
et lhippocampe étaient riches en coiled bodies et NT. Cette
mutation favorise lépissage de lexon 10146, 206, 547.
Cette mutation ne déstabiliserait pas la structure en boucle mais
aboutirait à un site donneur dépissage rapprochée
de la séquence consensus AGgu(a/g) agu146.
S305(S)493Cette mutation a été décrite
chez deux surs dont latteinte clinique différait. Lune
en particulier souffrait dune PSP, confirmée par létude
neuropathologique. Elles avaient une tante porteuse de la mutation mais
asymptomatique. Cette mutation en zone silencieuse (S305S) touche la portion
stem-loop de lextrémité 5' du site donneur dépissage
de lexon 10. Elle favorise lépissage de lexon
10 dans des modèles cellulaires (COS-7, 293, SK-N-MC) et aboutit
à un excès disoformes de Tau de type 4R. La mutation
S305(S) modifie les site consensus donneur dépissage et favorise
ainsi lépissage de lexon 10 (GCgugagu).
1.4.2.5 - Mutations introniques proches de lextrémité
5 du site donneur dépissage de lexon 10
Elles touchent les positions +3, +11, +12, +13, +14, +16 (figure 10).
Les mutations +3, +13, +14 et +16 favorisent lépissage de
lexon 10 en rompant la structure en boucle254. Ceci augmenterait
la liaison à lU1 SnRNP et favoriserait lincorporation
de lexon 10 dans le peptide et déséquilibrerait la
production de Tau au profit des isoformes 4R. La mutation +3 renforcerait
directement la liaison à lU1 SnRNP sans détruire la
boucle ; les mutations +3, +14 et +16 détruiraient un élément
inhibant lépissage147.
+3 Cette mutation (substitution G>A) a été découverte
dans une grande famille atteinte dune tauopathie multisystémique
avec démence présénile (MSTD)487. 41 personnes sur
7 générations pour un total de 383 sujets ont été
atteints dans cette famille485. Lage aux premiers
signes cliniques est de 49 ans et la durée dévolution
de 11 ans en moyenne. Le syndrome parkinsonien en fin dévolution
est sévère dans cette forme, saccompagne de dysphagie
et paralysie de la verticalité du regard. Létude neuropathologique
menée chez huit membres atteints a montré une perte neuronale
et des agrégats de protéines Tau dans lisocortex,
lhippocampe, la substantia nigra, lhypothalamus, la substance
grise périaqueductale, les noyaux des troisième et quatrième
nerfs crâniens, le raphe et le noyau dorsal du nerf vague. Il y
avait également une perte de cellules Purkinje dans les hémisphères
cérébelleux. La corne antérieure de la moelle était
également touchée. Un essai préliminaire de thérapie
génique par oligonucléotides complémentaires des
séquences mutées E10+3 et E10+14 sest révélé
fructueux sur des cellules PC12 in vitro, en normalisant le niveau dexpression
du gène et le rapport entre les mRNA incluant ou non la séquence
codée par lexon 10281.
+11 Cette substitution T >C a été décrite dans
une famille atteinte de démence frontotemporale de début
particulièrement précoce (le proband ayant manifesté
les premiers signes avant lage de 10 ans). Cette mutation induit
une forte hausse de synthèse disoformes de Tau 4R303.
+12 Une substitution C>T en position +12 a été décrite
dans la famille dite Kumamoto, atteinte de démence frontotemporale,
ainsi que dans une famille britannique254, 589. Elle élève
le rapport isoformes 4R/ 3R. Les tissus cérébraux comportent
à lautopsie des agrégats fibrillaires neuronaux et
gliaux de Tau 4R, ayant la forme de rubans torsadés en microscopie
électronique.
+13 Une seule famille britannique est connue pour cette mutation254. Le
phénotype clinique est celui dune démence frontotemporale,
aucune autopsie na été pratiquée.
+14 Le phénotype DPPAC (complexe desinhibition-démence-syndrome
parkinsonien-amyotrophie) a été observé dans une
famille américaine dorigine irlandaise343. Du point de vue
neuropathologique, lhippocampe est relativement préservé,
la perte neuronale touchant surtout le cortex frontal, temporal et la
substance noire. Lagrégation de protéines Tau est
principalement intraneuronale, peu gliale, le tronc cérébal
est particulièrement touché479.
+16 Rapportée dans huit familles, elle induit une maladie peu hétérogène
cliniquement : syndrome frontal sévère (desinhibition et
troubles de laffect au premier plan), atteinte extrapyramidale inconstante441.
Le type dagrégation de Tau, montré par immunohistochimie
chez des patients issus de trois familles, associe un feutrage neuritique
diffus, des inclusions intraneuronales et gliales et parfois des corps
de Pick192, 252. Le phénotype a été
intitulé gliose sous-corticale progressive dans le cas de lune
des familles (PSG1). En microscopie électronique, les inclusions
sont constituées de rubans torsadés similaires à
ceux des mutations E10+3 et N279K.
+19 et +29 Ces deux mutations rapportées dans deux familles atteintes
de DFT induisent un déséquilibre entre les isoformes de
Tau au profit des isoformes de type 3R par mutagénèse dirigée,
la mutation +19 pourrait élever le taux de Tau 3R en modifiant
une séquence modulatrice intronique « silencer ». Les
protéines Tau extraites de tissus cérébraux autopsiques
prélevés chez un patient ne comportaient que des formes
solubles non agrégées et limmunohistochimie anti-tau
ne démontrait pas de lésion fibrillaire Tau positive. Cette
mutation est originale en ce quune augmentation de synthèse
disoformes 3R solubles peut aboutir à un phénotype
DFT sans agrégation de Tau ni lésion spécifique en
histologie et immunohistochimie, sans corps de Pick en particulier, se
rapprochant dun phénotype DFT. Lexplication proposée
par les auteurs est une sensibilité plus élevée des
isoformes Tau 3R solubles vis-à-vis de la protéolyse494.
+33 Cette mutation intronique est située en position +33 après
lexon 9448. Les tissus cérébraux nont pas été
étudiés dans la famille atteinte. Cette mutation pourrait
modifier lépissage des pré ARNm de tau, bien que lexon
9 soit toujours traduit dans toutes les isoformes de Tau. Les auteurs
ont évoqué la présence de répétitions
(A/U)GGG dans lintron, nécessaires à lépissage.
La perte de ces motifs inhiberait lépissage. La substitution
+33 G A détruit le premier des huit motifs (A/U)GGG présents
dans lintron suivant lexon
9.1.4.2.6 - Mutations intéressant
lexon 11
L315R545 Une famille est connue, mais sans détail
clinico-pathologique publié.
S320F451 Un membre de cette famille, atteint de
démence présénile, est décédé
à lage de 53 ans, après 15 ans dévolution.
Létude neuropathologique a démontré une perte
neuronale sévère des aires limbiques et du cortex temporal
et de très nombreuses inclusions de type corps de Pick dans le
cortex frontal, temporal et pariétal, lhippocampe et même
de rares cellules de Pick. Des neurones dépourvus dagrégats
fibrillaires étaient marqués par les anticorps anti-tau
et la substance noire était indemne dans ce cas autopsique. Les
protéines Tau recombinantes de type S320F favorisent peu in vitro
la polymérisation des microtubules.
1.4.2.7 - Mutations intéressant lexon 12
V337M431Cette mutation induit une agrégation
fibrillaire neuronale, sous forme de DNF et de NT, dans lisocortex
frontal et temporal (couches II à V) et dans la région hippocampique.
La substance noire est relativement épargnée par la perte
neuronale. Il existe un modèle de souris transgénique, exprimant
une protéine Tau humaine comportant la substitution V337M511. Contrairement
à la substitution P301L qui est rapidement létale chez les
souris transgéniques, la mutation V337M est compatible avec une
survie prolongée. Le cerveau des souris transgéniques V337M
comporte une perte neuronale hippocampique et une agrégation de
Tau similaire à celle des patients. Un type de thérapie
génique est proposé pour cette mutation376.
Des RNA interférentiels de petite taille (small interfering RNA:
siRNA) ont été expérimentés in vitro pour
inactiver lallèle muté au profit de lallèle
normal.
E342V324 Cette mutation a été
découverte chez une femme âgée de 55 ans souffrant
dune démence frontotemporale dans un contexte familial. Lanalyse
neuropathologique a démontré une perte neuronale frontotemporale
et dabondantes inclusions intra neuronales immunoréactives
pour Tau, correspondant à des PHF en ultrastructure. Les isoformes
de Tau de type 4R prédominaient, les isoformes 0N4R étaient
augmentées par rapport aux isoformes 1N4R et 2N4R. Il semblerait
que cette mutation modifie non seulement lépissage de lexon
10 mais également celui des exons 2 et 3.
S352V398Cette mutation homozygote
a été rapportée récemment chez deux patients
dune même fratrie. Létude neuropathologique a
démontré de très nombreuses DNF mésencéphaliques,
de type PSP.
K369I395Le premier patient
autopsié souffrant de cette FTDP avait un phénotype clinique
typique dune maladie de Pick, confirmé à lautopsie.
La perte neuronale touchait le cortex frontal, temporal, hippocampique
et le noyau caudé. Dabondants corps et cellules de Pick étaient
démontrés dans lisocortex, lhippocampe et le
tronc cérébral. Cependant, il existait également
des agrégats Tau-positifs astrocytaires et lanalyse des tissus
cérébraux retrouvait cependant un profil électrophorétique
différent de celui de la maladie de Pick, sous forme dun
triplet de 60, 64, et 68 kDa. En microscopie électronique, les
PHF étaient cependant beaucoup moins abondantes que des agrégats
fibrillaires en rubans torsadés. Les protéines recombinantes
de type K369I ont une faible capacité de promouvoir lassemblage
des microtubules.
1.4.2.8 - Mutations intéressant lexon 13
G389R388Le premier patient
atteint rapporté était décédé à
43 ans après 7 ans dévolution dune aphasie progressive
puis dune démence frontotemporale. Un oncle maternel était
décédé à 43 ans dans un contexte similaire.
Létude neuropathologique démontrait une perte neuronale
importante et une gliose dans lisocortex, lamygdale, le pallidum
et le striatum, la substance noire. Il y avait nombreux corps de Pick
isocorticaux et dans le gyrus denté, ainsi que des agrégats
filamenteux Tau-positifs axonaux dans lisocortex. Le profil électrophorétique
consistait en un doublet de 60 et 64 kDa. Correspondant à des isoformes
de type 3R et 4R après déphosphorylation. Les protéines
recombinantes de type G389R ont elles aussi une faible capacité
à promouvoir la polymérisation des microtubules in vitro.
R406W254Les données
neuropathologiques sont différentes pour cette mutation, elle induit
une perte neuronale, des DNF et des NT sans corps de Pick. Les lésions
sont étendues à tout lisocortex, même occipital,
la région hippocampique, le pallidum, lamygdale, mais touchent
peu la substance noire. Cette mutation touche un résidu très
conservé, situé en dehors des domaines de liaison aux microtubules,
mais voisin des résidus S396 et S404, qui sont abondamment phosphorylés
dans les tauopathies76. Un modèle expérimental
de souris transgénique exprimant une protéine Tau correspondant
à la mutation R406W comporte des inclusions corticales de type
DNF et NT similaires à celles des patients513.
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