Pick Info n° 25, Bailleul le 29 Janvier 2012

Quand le malade a du mal à s'empêcher de voir les choses à sa façon...

Dr Raphael Le Bouc
Centre Mémoire de Ressources et de Recherche - Centre National de Référence sur  les malades Alzheimer jeunes et pathologies apparentées
CHRU de Lille

 

Les troubles du comportement, en particulier dans le domaine social, font partie des symptômes majeurs du diagnostic de dégénérescence fronto-temporale (DFT). Mais il reste difficile de comprendre l'origine de ces symptômes. Pourquoi certains patients deviennent ils indifférents à ce que ressentent leurs proches ? Pourquoi certains patients se comportent-ils sans prêter attention à ce que les personnes autour d'eux vont penser? Selon des recherches récentes, certaines régions du cerveau auraient un rôle particulièrement important lors des interactions sociales, et l'atteinte de ces régions, par exemple dans la DFT, pourrait être la cause de ces comportements sociaux inappropriés.

Ainsi, la capacité de se « mettre à la place » de quelqu'un d'autre, d'être capable de comprendre ce que l'un de ses proches pense, aime, ou bien quelles sont ses intentions, est une capacité que nous utilisons tous les jours pour adapter notre comportement. On préférera  par exemple ne pas acheter un beau poisson pourtant en promotion au marché, si l'on sait que son conjoint n'aime pas le poisson. On préférera également ne pas dire tout haut dans une exposition que l'on n'aime pas un tableau si l'on sait que le peintre se trouve a côté de soi.

Plusieurs études précédentes ont ainsi suggéré que cette capacité « d'empathie cognitive », qui permet de se « mettre à la place » de quelqu'un d'autre, pourrait être altérée dans la DFT. Certains patients deviendraient de ce fait incapables d'adapter leur comportement en fonction de ce que vont penser leur proches.

Nous avons réalisé au CHRU de Lille une étude dont le but était de confirmer l'atteinte de cette « empathie cognitive » dans la DFT, et de rechercher les régions cérébrales qui y sont liées.  Pour cette étude, de nombreux patients et leur famille ont accepté de venir passer un test neuropsychologique « d'empathie cognitive ». Ainsi, cette étude a regroupé 12 patients ayant une DFT et 12 patients ayant une maladie d'Alzheimer, ainsi que 20 sujets sains de même âge qui étaient le plus souvent les accompagnants de patients suivis dans notre centre. Les patients ont par ailleurs bénéficié d'une scintigraphie cérébrale particulière (une tomographie par émission de positons au glucose marqué) qui permet de visualiser le fonctionnement cérébral.

Les résultats de cette étude ont confirmé que les capacités « d'empathie cognitive » étaient souvent atteintes dans la DFT. Ainsi, par rapport aux sujets sains et aux patients ayant une maladie d'Alzheimer, les patients ayant une DFT avaient beaucoup de difficultés à se mettre mentalement a la place de quelqu'un d'autre. Ils étaient capables de savoir ce que les autres personnes pensaient, mais ils éprouvaient des difficultés à utiliser ce savoir pour adapter leur comportement. Les résultats de la scintigraphie cérébrale nous ont par ailleurs montré que cette difficulté était liée à l'atteinte de régions du cortex frontal et en particulier du cortex frontal droit.

Nous tenons ainsi à remercier tous les patients et leur famille qui ont accepté de participer à cette étude, qui nous permet de progresser encore un peu dans la compréhension des symptômes des patients, et qui pourrait permettre de développer des tests permettant de distinguer plus aisément la DFT de la maladie d'Alzheimer.

 

 

 

Découverte d'un nouveau gène responsable de DLFT, le C9ORF72

Dr Vincent Deramecourt
Univ Lille Nord de France, EA1046, Département d'Histologie
Centre Mémoire de Ressources et de Recherche - Centre National de Référence sur  les malades Alzheimer jeunes et pathologies apparentées
CHRU de Lille

Plus une classe de maladies qu'une maladie unique, les DFT dont on connaît plus de 15 sous types en 2011, font l'objet d'une recherche de plus en plus importante pour identifier les facteurs de diversité dont les facteurs génétiques dans un objectif futur de pouvoir développer des thérapeutiques. Parmi ces diversités entre les malades, on retrouve le facteur familial (antécédents familiaux de maladies similaires chez les apparentés du malade) présent dans environ 40% des malades avec jusqu'alors une mise en évidence d'une modification génétique dans 20% des cas, soit la moitié.


Les recherches dans le domaine de la génétique des DLFT viennent de franchir un nouveau cap avec l'identification par deux équipes, l'une américaine, l'autre européenne, d'un nouveau gène qui lorsqu'il est modifié cause soit une DFT, soit une sclérose latérale amyotrophique (SLA ou maladie de Charcot). Ce gène localisé sur le chromosome 9 était traqué par les chercheurs dans plusieurs grandes familles de malades depuis presque 10 ans.  La générosité de ces familles à  donner de leur sang pour la recherche a porté ses fruits.


Ce gène s'ajoute à la liste déjà complexe des gènes responsables de DFT comme le gène de la protéine Tau, de la Progranuline, de TDP-43 ou de FUS, tous de type autosomique dominant et est appelé C9ORF72.
Les premières analyses montrent qu'une mutation de C9ORF72 pourrait être retrouvée dans 25% des DFT familiales, mais il aurait aussi été retrouvé parfois chez des malades sans antécédent familial de maladie neurodégénérative. Contrairement aux autre gènes, sa transmission ne serait pas autosomique dominante et donc le risque pour la descendance pourrait être moindre. D'autre part, on pourrait être porteur du gène sans développer la maladie et l'âge de survenue pourrait être très variable, entre 41 et 84 ans.


Avec la découverte de ce nouveau type d'anomalie génétique liée à la survenue d'une DFT, la prédiction du risque de survenue de la maladie dans la descendance se complexifie et incite à une très proche collaboration entre centre mémoire et  service de génétique avec un accompagnement psychologique indispensable.
Enfin, il convient également de rappeler qu'il reste encore à ce jour près de 20% de formes familiales de DLFT actuellement inexpliquées.
Chaque nouveau gène identifié par les chercheurs est une nouvelle piste de traitement contre ces maladies et C9ORF72 n'y fait pas exception et c'est cela la bonne nouvelle

 

PAROLES de groupes….

Une dizaine de conjoints de personnes concernées par une DFT ont répondu présents à l'invitation de Flandre Alzheimer et DFT à Bailleul avant les fêtes de fin d'année qui n'en sont pas toujours une... lorsque la maladie est là ....

Les fêtes de fin d'année donnent l'occasion de faire attention à sa présentation physique. Plusieurs conjoints ont témoigné du plaisir du malade, malgré une réduction de son hygiène, d'être mieux habillé qu'au quotidien et de leur satisfaction à eux époux de les voir plus beaux. Ce n'est pas parce qu'ils ne s'offusquent plus des taches, qu'ils doivent se contenter de vêtements anciens...

Les fêtes, c'est aussi réunir la famille, toutes les générations. Dans le groupe, une expérience très positive d'interaction avec les petits enfants fut rapportée. La spontanéité de cet âge, l'absence de jugement, le goût pour le jeu expliquent de bonnes relations entre grands parents malades et jeunes enfants. S'il faut rester vigilant par le fait que le malade ne pourra pas protéger l'enfant en cas de danger pour lui, il serait peut être dommage de trop vite éloigner les visites des petits enfants.

Les réunions de familles ou d'amis obligent à laisser voir le malade avec ses difficultés à respecter les règles de la vie en société. Le témoignage d'un conjoint sur le fait que son mari avait pris l'habitude de manger avec le chien à table permit au groupe de réfléchir aux limites de ce que le proche devait essayer d'accepter et ce qu'il devait apprendre à relativiser ;  le plus important, n'est ce pas la sécurité du malade, son plaisir et le respect de sa dignité ? A condition d'expliquer tout cela aux proches, à la famille qui peut malencontreusement porter trop vite un jugement de valeur.

Les fêtes peuvent être aussi l'occasion de jouer à des jeux de société. La stimulation est devenue très à la mode, mais lors de  DFT, certaines activités peuvent être dangereuses, comme l'a rapporté un conjoint en racontant les mésaventures que son mari avait connu en accueil de jour : il a  mangé 2 cartes à jouer.

Pour finir l'échange, le thème du "jusqu'où arriverai-je à tenir le maintien au domicile ?" a été abordé. Un conjoint rappela que, sans son travail, il y a longtemps qu'elle aurait cherché un établissement pour son mari qu'elle accompagne dans la maladie depuis plus de 10 ans. Si les aides sont beaucoup plus nombreuses à domicile qu'il y a quelques années grâce à la PCH, plusieurs conjoints ont exprimé le sentiment de dépossession de vie privée qu'ils ressentent par toutes les visites des soignants "et puis ils ne se rendent pas compte, ils ont beaucoup d'exigences". En établissement, ce n'est pas le repos mental non plus, "on est toujours en alerte de peur qu'il soit puni de ses troubles du comportement"

"Que 2012 nous permette de continuer" se sont-ils tous souhaités

TOUS NOS VOEUX.....

Dr F Lebert - Mme B Foulon