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Et si nous parlions de leurs enfants !
La dernière rencontre des proches de patients atteints de dégénérescence
fronto-temporale a porté sur le thème du vécu de la maladie par les enfants.
Si la majorité des participants était constituée de conjoints, quelques
enfants nous avaient fait le bonheur de nous rejoindre.
" ..les enfants, ils nous sont très précieux.. "
" ..A certains moments, ils peuvent croire au délire du malade et nous
épouses sommes alors encore plus seules.. "
" ..Leur comportement est très différent s'ils vivent avec nous ou à
l'extérieur de la maison.. "
" ..Mes enfants ont eu très peur, ils ne voulaient plus monter en voiture
avec elle ! "
" ..les miens aussi, je ne m'en rendais pas compte, ils pouvaient s¹enfermer
par peur quand je les laissais seuls avec mon mari ! "
" Je ne me suis pas bien rendue compte de la souffrance de mes enfants, je
me le reproche aujourd'hui, j'en souffre encore beaucoup ! "
" ..combien de fois m'a t-il dit mais divorce, regarde comment il est avec
toi, mais on ne peut divorcer d'un malade "
" les enfants ils peuvent dire des choses effrayantes, comme mon père est
mort, je n'ai plus de père "
" Les ainés veulent parfois jouer les chefs et remplacer leur père, alors
que nous l'épouse devons assurer toutes les charges et tous les rôles ! "
" Mes enfants ne veulent plus de réunions de familles, ni de fêtes à la
maison, c'est une telle honte pour eux de voir ainsi leur mère cible des
regards, peut être aussi veulent ils la protéger de cela, de ce fait nous ne
voyons plus personne.. "
" par peur de l'hérédité je crois, il profite dit il de la vie en prenant
des risques, cela m'angoisse "
" .. le mien il lutte contre la maladie en voulant être brillant dans ces
études, il espère ne pas devenir dépendant comme cela "
Quelle que soit la trajectoire différente de chacune de ces familles, beaucoup
de participants se sont reconnus à travers les paroles des autres
conjoints. Il y a donc des points communs dans les réactions des enfants
comme:
-Des moments d'angoisse, de peur
-Des désirs de fugue, d'oubli de la maladie, même s'il faut en oublier le
malade ou au contraire un repli total au domicile
-Des moments de forte alliance avec le conjoint bien portant surtout lorsque
l'enfant vit au domicile des parents, à l'inverse souvent une incompréhension
de la situation lorsqu'il vit à distance
-La recherche de valeurs simples dans la vie ou la fuite dans le
matérialisme effréné
-un questionnement sur l'hérédité
Cette rencontre a fait enfin l¹objet d¹émouvants témoignages de
l¹attachement du parent sain à leurs enfants
Les malades peuvent avoir la parole
Paul est suivi depuis 5 ans pour des troubles de mémoire, une moindre
efficience professionnelle s¹associant à une modification du comportement
en rapport avec une dégénérescence frontotemporale, diagnostic porté par un
centre mémoire. Il a 52 ans. Il a repris une activité à mi-temps après un
arrêt de travail de 2 ans. Il a été hospitalisé deux fois pour des problèmes
d¹abus de médicaments par peur de ne pas dormir ou pour abus de boissons
alcoolisées durant des vacances difficiles à occuper. Lors de cette courte
hospitalisation, Paul nous explique son ressenti de la maladie sur laquelle
il a été informé.
LES FEUX DE LA RAMPE
Ma mémoire est semblable à une rampe de projecteurs situés sur la scène d¹un
théatre. On comptait trente lumières, étincelantes il y a 7 ans. On en
dénombre aujourd¹hui 28. Deux lumières pas éteintes, probablement oubliées
quelque part dans ma vie. Fonctionnaire brillant, comme les lumières de ma
mémoire, j¹ai été interdit, radié, déconsidéré, oubliéä., mais j¹espère
Je suis désormais réinvesti dans une autre fonction, et j¹ai retrouvé enfin
quelque chose, une utilité sociale
Le déroulement de ce septennat est facile à décrire :
-une lumière s¹était perdue avant le diagnostic de la maladie, d¹où
confusion, oublis, perte d¹objets, de documents et bêtises en tout genre
-une deuxième lumière s¹est perdue depuis d¹où repli sur soi et protection
par l¹entourage, par la justice, par la médecine
Trois couleurs : bleu
Ayant retrouvé l¹espérance avec cette utilité sociale, j¹ai organisé la
lutte contre la maladie avec ce qui me restait d¹énergie et de feux allumés.
Sur les conseils du corps médical, après bien des résistances, je me suis
décidée à me rendre régulièrement chez un orthophoniste. A vrai dire au
début je n¹en voyais pas l¹utilité. Mais j¹ignorais qu¹il était possible de
mettre en place des stratégies pour compenser les pertes de mémoire, ou
palier par une organisation aux défaillances.
Parallèlement, il faut commencer une nouvelle vie, se fixer des objectifs et
se donner les moyens de les atteindre.
Objectif 1 : réussir une nouvelle vie professionnelle
Objectif 2 : se forcer à apprendre de nouvelles choses. La natation, un
espace bleuté qui donne une illusion d¹infini et d¹apaisement.
Paul, dont la forme clinique de la maladie est une gène prédominant sur les
fonctions exécutives, avec tendance à l¹apathie, témoigne de l¹intérêt de
l¹annonce du diagnostic et de l¹aide orthophonique . Son témoignage est
encourageant mais les patients n¹ont pas tous les mêmes symptômes, dépendant
de la localisation dans le cerveau de la maladie et pas tous la même façon
alors d¹y faire face.
Avril 2003 : prochain congrès international sur les dégénérescences
fronto-temporale à Lund en Suède
Les points forts seront résumés lors d¹un prochain numéro du bulletin
Revue de presse
Le service universitaire de neurologie de Londres du Pr Rossor a confirmé
les effets délétères des neuroleptiques classiques lors de dégénérescence
frontotemporale (Pijnenburg, international journal of geriatric psychiatry
2003, janvier, pp67-72).
Penser à demander aux médecins qui ne connaîtraient pas bien votre proche,
si les médicaments qu¹ils souhaitent prescrire ne sont pas des
neuroleptiques classiques.
Un conseil, une question ?
pickinfo@wanadoo.fr
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