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Histoire naturelle et moléculaire de la maladie d'Alzheimer 23/06/06

Deux lésions, deux processus dégénératifs différents
La maladie d'Alzheimer est une maladie relativement bien connue, et sa caractérisation se poursuit, au rythme soutenu de 50 publications par semaine. Nous connaissons relativement bien la composition chimique des deux types de lésions cérébrales qui caractérisent cette pathologie. Il s'agit essentiellement des dépôts extracellulaires de peptide Ab, et des filaments intraneuronaux de protéines tau pathologiques.
Les formes familiales, extrêmement rares, nous donnent des enseignements.  

Les formes familiales de la maladie d'Alzheimer indiquent que le dysfonctionnement de la protéine APP est la cause de tous les maux. Ceci n'est contesté par personne, ou presque, car la certitude n'existe pas en Alzheimérologie . Des mutations pathologiques ont été découvertes sur le gène APP, dans la région qui code pour Ab, ainsi que sur les gènes PS1 et PS2, qui régulent APP. Ces mutations sont responsables des formes familiales autosomiques dominantes, avec généralement une expression clinique vers 50 ans. Ces formes familiales sont rares (0,3%). Les autres formes, dites "sporadiques", sont sous l'influence de facteurs de risque, dont les deux plus connus sont l'apolipoprotéine E et l'âge.

Abeta, tau...où est l'oeuf, où est la poule?  

Ainsi, le dysfonctionnement APP conduit à l'accumulation d'un de ses produits cataboliques, le peptide Ab, sous forme de plaques amyloïdes. Le tableau se complique quand on sait que les deux types de lésions de la maladie d'Alzheimer (amyloïde et protéines tau pathologiques) sont fréquentes chez les non-déments âgés. De plus, les protéines tau pathologiques sont retrouvées dans de nombreuses maladies neurodégénératives avec démence et certaines mutations sur le gène tau sont directement responsables de "démences frontotemporales liées au chromosome 17".

   

En fonction de ces constatations, toute une série de questions fondamentales se posent: les lésions cérébrales observées chez les non-déments indiquent-t-elles que la maladie d'Alzheimer n'est qu'un simple vieillissement accéléré? Y a t-il un continuum? Quelle est l'origine de la neurodégénérescence: le dysfonctionnement de APP ou la neurotoxicité du peptide Ab ? Et tau, intervient-il précocément dans le processus de dégénérescence, où s'agit-il d'un marqueur tardif?

   

Il est possible de répondre à toutes ces questions en décrivant précisément l'histoire naturelle et moléculaire de la maladie d'Alzheimer "sporadique". Pour ce faire, une vision spatiotemporelle de cette pathologie permet de déterminer dans quelle région cérébrale s'installe la maladie, comment elle progresse, à quelle vitesse, à partir de quel moment elle devient symptomatique. La phase infraclinique étant probablement de 5 à 20 ans, et la pathologie Alzheimérienne restant confinée à l'intérieur de la boîte cranienne, l'approche est difficile. D'autant plus que le diagnostic de certitude est uniquement post-mortem, et les erreurs de diagnostic clinique importantes au tout début de la maladie.

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Je présente ici notre stratégie, et comment nous avons pu décrire quelques grandes lignes de cette histoire moléculaire. Nous avons défini 10 stades de progression de la maladie, qui correspondent à dix régions touchées successivement et invariablement par la pathologie tau. Nous proposons des critères biochimiques qui permettent de différencier le vieillissement cérébral normal des stades infracliniques de la maladie d'Alzheimer. Nos travaux débouchent sur la possibilité de caractériser des cibles thérapeutiques liées à la dynamique d'extension de la dégénérescence neurofibrillaire dans l'espace cérébral. Ils permettent également de trouver les cibles thérapeutiques liées aux dysfonctionnements de la protéine APP.
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