| Accueil |
La politique de recherche en France: amateurisme, renoncement et déclin programmé |
|
Alors que tous les pays industrialisés, ou émergents, mettent l'accent sur le développement de la recherche, la France, du haut de sa grandeur (passée), de son arrogance, de sa suffisance, et de sa politique à court terme (celle qui permet de réélire les politiciens), renonce et démissionne: un seul chiffre: -30% des crédits de fonctionnement de recherche en 2002. Merci encore Mme Hagneré et Mr Bercy. Suite à cela, il y a eu le mouvement de protestion des directeurs de recherche qui s'est fait entendre. |
Le gouvernement étonné de la réaction des Directeurs de Recherche (alors que beaucoup de pays augmentaient de 10% ou plus leur budget de recherche) demande une expertise qui a été confiée à différentes agences ou Institutions (Sénat, Assemblée Nationale, experts indépendants et reconnus). Tous ces rapports constatent le déclin en cours de la recherche médicale française. |
Réponse du gouvernement: "Je vous ai compris". Pseudo-concertation, réforme, et on rajoute deux ou trois couches à l'existant, et on fait du neuf avec du vieux: par exemple les ACI disparaissent et vive l'ANR. |
A l'occasion de notre projet de développement de nos molécules anti-Alzheimer potentielles, nous découvrons avec stupeur qu'il n'existe aucun moyen en France pour passer de la découverte à l'application commerciale. Ceci a été constaté par Inserm transfert. Or, nous, chercheurs, avons un devoir de découvrir et d'appliquer nos découvertes, à la fois pour le bénéfice des patients et du pays. Le bénéfice d'une commercialisation se fait au niveau international, et il est un retour logique sur investissement, pour financer en retour la recherche fondamentale et boucher le trou de la sécu. Il s'agit ici d'un cercle vertueux, mais hélas nous sommes actuellement dans un cercle vicieux. Par exemple, si vous découvrez des produits qui pourront un jour déboucher sur des médicaments, vous pourrez déposer un brevet (mais on vous fera le reproche que cela coûte cher), et ensuite vous aurez une pression importante pour le confier immédiatement à un industriel, dans le cadre d'une licence. Or, l'industriel verra que le projet est très en amont. Il ne manquera pas de mentionner, à juste titre, qu'il y a un grand risque au niveau du développement (développer un médicament est une entreprise extrêmement chère et risquée) et donc il prendra une option sur le projet à un prix dérisoire. Mais valoriser ne veut pas dire brader. Ce qu'il faut est d'avoir les moyens de valider le projet, de le maturer, et s'il se confirme que c'est un bon projet de le vendre au bon moment au juste prix. |
C'est à ce niveau que l'on découvre avec stupeur qu'il n'y a rien en France pour maturer un projet, pour le rendre plus attractif, pour lui donner une plus-value qui peut facilement être multipliée par 100 ou par 1000. Rien ou si peu, jugez -en par ce qui s'est passé cette année, que l'on dit faste et où le gouvernement clame qu'il a fait un effort |
L'ANR a ouvert un appel d'offre pour les projets qui ont besoin de valider leur "preuve du concept" avant d'être cédés sous forme de licence, ou d'être utilisés pour la création de start-up: Projet 2005 de l'ANR: Emergence et maturation de projets de biotechnologie à fort potentiel de valorisation en complément de l’appel à projets " Réseau Innovation Biotechnologies" |
| La procédure a duré 10 mois (remarquable de lenteur pour des projets normalement très compétitifs, qui demandent une réactivité adaptée). Pour l'ensemble des projets des "sciences du vivant", trente ont été retenus. |
Notre projet de développement de molécules anti-Alzheimer, pré-sélectionné par Inserm Transfert avec la note A+, n'a pas été retenu. |
Critique des experts: projet pas assez maturé (en gros). Or, nous demandions un financement pour le maturer. Cercle vicieux. Nous n'avons plus de financement. Faut-il abandonner un projet de développement de molécules anti-Alzheimer? Interprétations possibles de notre échec vis à vis de cet appel d'offres: Nous ne sommes pas bons, développer un anti-Alzheimer n'est pas prioritaire, les autres projets étaient en fait plus maturés et donc moins risqués (un projet sur un herbidice acccepté), il y avait un goulot d'étranglement tel qu'il fallait en sacrifier, ... |
Conclusion: L'avenir de la France passera uniquement par la vente de produits sophistiqués, qui émanent de la recherche. La France se défend bien dans les domaines où elle a beaucoup investi: spatial, nucléaire, airbus... Dans le domaine médical, malgré les découvertes dans ce secteur sinistré en terme de moyens, il n'y a aucune structure, aucun moyen, pour valoriser ces découvertes et ainsi s'imposer dans la compétition internationale. C'est complètement idiot et contre-productif. |
En résumé, nous retenons les mots-clés suivants concernant la recherche biomédicale actuelle: amateurisme, approche contre-productive, renoncement, déclin |
| Livres |